" Ya ya!! Esta aquà chicas!"
(Allez, c'est ici que vous descendez les filles !)
8h du matin, après une courte nuit de bus, les yeux collés et les jambes en compote, nous nous retrouvons ejectées au milieu de nulle part. C'est un peu magique, comme si on entrait dans un rêve silencieux, étrange et très humide. Nous sommes seules, seules au milieu de champs verdoyants sous la pluie fine qui nous accompagne depuis Temuco.
Nous avons l'impression de commencer un nouveau voyage : Santiago, son effervescence et notre sejour plutot encadré nous paraissent bien lointains a présent. Nous avons l'impression de decouvrir un nouveau Chili, rural, vert, calme et tellement plus beau.
Nous voilà parties pour deux semaines a la Ruka Melilef : Carlos et Marta, après avoir passé 25 ans en France sous la dictature de Pinochet, ont décidé de revenir dans leur communauté et d'y monter ce projet de valorisation de la culture Mapuche.
Au sein de leur " Ruka" ( maison traditionelle Mapuche) , ils accueillent volontaires et touristes de passage, a qui ils tentent de faire partager un peu de leur culture, de leur philosophie de vie et de leur quotidien. Il y a 12 ans, ils ont construit cette ruka de leur main, dans le but d'en faire un lieu interculturel, d'echange et de partage , developpant ainsi une activité d´ecotourisme.
Ainsi, ils cultivent leur potager, élèvent des poules, des chevaux, se chauffent au bois coupé dans la forêt, font leur pain, ...
Tout est précieux, compté afin de ne rien gaspiller.
Ce fut là nottament notre plus belle leçon de vie durant ce sejour : nous qui arrivons avec nos belles idées, nos valeurs écolos et tous nos idéaux, on realise que dans la pratique, nous ne sommes pas toujours en cohérence avec nos principes. Ou plutot, ici tout est tellement different que nous avons du mal à adopter leur façon de fonctionner et que par conséquent, nous n´agissons pas toujours comme nous le voudrions.
Par exemple, faire la vaiselle implique de faire chauffer de l´eau sur le gaz : en n´etant pas assez rapides et efficaces au lavage, l´eau refroidit, il faut la refaire chauffer, nous gaspillons donc du gaz et du temps, qui pourraient etre mieux utilisés à autre chose.
Malgrès toute notre volonté de bien faire, nous nous heurtons bien souvent à cette manière de toujours penser à optimiser son temps et ses ressources à chaque action quotidienne.
Nous qui pensions pouvoir les aider en comprenant et en recopiant facilement leur facon de fonctionner, nous nous rendons compte qu´il est bien plus difficile que prevu de s´adapter à un mode de vie qui n´est pas le notre.

Tant bien que mal, nous essayons d´aider aux travaux quotidiens, mais bien souvent nous nous sentons plus une charge et une gène qu´une aide véritable, à notre grand regret.
A cela s´ajoutent tous les codes sociaux que nous ne maitrisons pas et qui nous mettent parfois mal a l´aise.
Par exemple, les anciens sont très respectés, la famille a une grande importance... Dans ces relations, le respect a parfois des formes qui nous échappent, et qui nous fait faire de jolies "boulettes". Mais celles-ci nous permettent en meme temps de mieux cerner l´importance de ces positions sociales... Un exemple : A table, et surtout quand il y a des invités ou de la famille, chacun doit se soucier de savoir si l´autre a tout ce qu´il souhaite, est bien servi, etc... Mais à un degrès d´importance dont nous n´avons pas l´habitude, et qui parfois nous dépasse.
Bien qu´ayant été confrontées à ces difficultés, nous avons passé d´agréables moments d´echange avec Carlos et Marta, eu des discussions passionnantes et profondes sur nos cultures et la vie en general, de contes mapuches, de chants, d´enigmes et de blagues...
Et puis le fait de vivre vraiment avec eux et de partager leur quotidien nous a permis de comprendre très concretement certaines choses et de bien mieux cerner leur vision de la vie, leur philosophie... Nous avons été très admiratives de cette recherche perpetuelle de cohérence entre les idées et les faits, une recherche d´harmonie parfaite, de droiture, qui fait réfléchir à chaque action, remet en question, pour etre toujours plus juste...
Nous pensons avoir eu beaucoup de chance de pouvoir aller chez eux, car ayant vécu en France et parlant couramment le francais, ils forment comme un "pont" entre nos 2 cultures et ont pu ainsi nous éclairer et nous expliquer de nombreuses choses.
Nous sommes arrivées chez eux en pleins préparatifs du Guillatum, une céremonie religieuse très importante, qui n´a lieu que tous les 4 ans. Pendant 2 jours entiers, les Mapuches remercient ensemble la terre Mère pour tout ce qu'elle leur offre, en incarnant les éléments à travers chants, danses et musiques...Ainsi, ils se sentent tour a tour eau, vent, vague et feu, en tournant autour du totem encadré d'offrandes qui représentent la fertilité et la vie grâce a la terre nourricière.

Pour cette occasion, chaque famille de la communautée se doit de sacrifier un animal : le cheval de Carlos et Marta y passera, et nous les verrons nottament verser le sang de celui çi dans la Terre afin de la remercier. Là encore, rien n'est perdu : nous mangerons toutes les parties comestibles et la machoire restera exibée dans le jardin, symbole de protection...la peau est également restée étalée, meme si nous ne savons pas encore quelle utilité elle aura...
Avec nos cheveux blonds, nos pantalons et notre peau bien blanche, nous ne pouvons participer entierement a la ceremonie... Mais nous sommes autorisées a venir passer une soirée... Nous tentons de nous confondre, plus ou moins à l´aise, dans la ligne des femmes qui dansent doucement sous la pleine lune en suivant le rythme des "Kultrun" (tambours)... Il faut sentir la force de la terre...
Nous buvons un maté, mangeons des beignets de pain, ne comprenons pas tout ce qui se passe, mais nous nous taisons, et ouvrons de grands yeux devant tout ce monde qui nous semble appartenir à une autre planète...
" La cohabitation avec des gens différents est une phase d’apprentissage nécessaire pour pouvoir entrer mieux en relation les uns avec les autres avec des références et des valeurs qui sont parfois très différentes des nôtres et des leurs. Il faut parfois du temps, et puis cela nous pousse aussi peut être à changer notre regard ou nos idées, cela nous force à observer et à être attentif à l’autre, à essayer de comprendre, à accueillir même ce qui nous parait étrange."
Comme on nous l'a dit : "Cette expérience va vous apprendre à parcourir le chemin de l’humilité et de la patience"...Nous le pensons sincèrement...
A suivre!!