samedi 7 mai 2011

Et pour finir, Concepcion

Concepcion est la 2ème grande ville du chili après Santiago, où se concentre la moitié des habitants du pays. Mais comme à Santiago, les mapuches dits urbains sont nombreux : ils représentent 10% de la population à " Conce", comme disent les d'jeunes !
Accueillies par Marlene, la soeur de Luis, nous y passerons quelques jours. La ville est encore bien marquée par le tremblement de terre de l'année dernière : des immeubles encore par terre, des cabanes de substitions toujours présentes aux abords de la ville oú s'entassent toujours les sinistrés. Les familles chez qui nous étions hebergées nous ont fait part avec émotions des récits de cette terrible expérience.... impressionnant !

Comme la plupart des familles mapuches vivant en ville, ils nous parlent de leurs difficultés à vivre leur culture loin de leur terre, de celles qui ont eu à s'intégrer à la ville, mais s'organisent en associations pour créer un certain lien social entre mapuches, et renforcer leur culture au sein de la ville en programmant des cérémonies : Guillatüm, Watripantu (nouvel an mapuche le 21 juin),...

Ils tiennent également une émission radio mapuche qu'ils animent tous les lundis, au sein d'une radio communautaire : La voz de la mujer, 98.5, esta es tu radio... où nous fûmes invitées à converser en direct avec le présentateur... (Nous vous épargnons la pertinence de nos propos...!!!)

De plus, ils participent à différentes manifestations, et profiteront d'ailleurs de la marche du 1er mai pour sortir le drapeau mapuche, et faire entendre leurs revendications sous l'oeil attentif des carabineros (police chilienne) ; parmi la foule, au milieu des mapuches, deux petites blondes qui crient en coeur : " Liberar, liberar, al mapuche por luchar " (Libérer, libérer, le mapuche qui lutte), "Lautaro, se despierta tu pueblo" (Lautaro - grand chef mapuche-, ton peuple se réveille), "Piñera, entiende, la tierra no se vende" (Piñera -président actuel-, écoute-moi, la terre ne se vend pas), "No queremos, no necesitamos, esta ley racista, anti-terrorista" (Nous ne voulons pas, nous n'avons pas besoin de cette loi raciste, anti-terroriste -cf: loi anti-terroriste datant de Pinochet toujours appliquée exclusivement aux mapuches), "Mari che weuuu, yeyeyeyeyeeeeeeee " (10 fois nous vaincrons : cri de guerre mapuche).

A la fin de la manifestation, nous fûmes invitées par le parti communiste à festoyer à grands coups de boudin aux pommes de terre (photo ci-contre) mais nous déclinerons, à leur grand regret, la proposition de rejoindre les rangs...!


Nous quittons Marlene et sa famille rigolarde, qui aura tenté de nous convertir en supportrices de l'équipe de football de la Universidad de Chile (en vain), adieux Eloissssa y Lissssa simpson (haha... la blague qu'on ne peut plus supporter), cuidense (prenez soin de vous!) et on se revoit certainement pour la cérémonie du Rewe...

jeudi 5 mai 2011

Auraco, pour continuer

C'est à Arauco que nous passerons les deux dernières semaines du mois d'avril. Accueillies par la famille de Juan et Olga, nous y passerons des moments forts et humains, et repartirons émues, quelques peu révoltées et le coeur rempli d'une douce chaleur.
C'est fou comme on peut s'attacher aux gens, parfois. Peut-être est-ce le voyage qui nous rend plus sensibles, plus récéptives et plus ouvertes, plus fragiles aussi... Peut-être est-ce parce que nous sommes là, seules, entières et ouvertes à l'Autre, animées d'une profonde et dévorante envie, celle de partager et d'échanger, surpassant la barrière de la culture et de la langue pour communiquer avec celle du coeur.

Bon, fini le lyrisme, on s'explique : la famille Antileo (composée des 6 enfants et des familles de ces derniers) est l'une des 3 familles mapuches ayant été expropriée de ses terres, comme la famille Lincopi. Isabel, la grand mère, petite femme à l'énergie débordante et à l'humour vif et piquant, n'a pourtant pas toujours été comme cela. Petite, elle a vécu dans le "Fundo Chilkoko" avant d'en être expulsée, physiquement, elle et sa famille. Tentant de s'intégrer à la ville et de s'assimiler, voire de se dissimuler pour éviter rascisme et discriminations, ils ont passé de longues années dans la honte de leurs origines en essayant de vivre dignement et de combattre une grande pauvreté. Aujourd'hui, les mentalités ont évoluées et, au-delà d'être fière de ses origines, la famille Antileo s'organise et lutte pour récupérer son territoire et ses nombreux sites sacrés, pour dénoncer les dégâts écologiques causés par les rejets dans la mer de l'usine de cellulose voisine, pour enfin occuper une place dans l'organisation et l'aménagement du territoire.

Concrètement, ils ont occupé inégalement le territoire en question pour engager le conflit et le débat ( ils furent d'ailleurs presque tous arrêtés par la police), organisent de nombreuses manifestations et réunions avec les entreprises forestales et s'immiscent dans celles des municipalités. D'autre part, ils tentent de faire valoir le patrimoine culturel mapuche au sein de la ville en développant un projet de centre culturel mapuche avec restaurant, artisanat, info et conférences...
Il y a quelques mois (avec les 2 autres familles du fundo Chilkoko), ils ont obtenu de Bosque arauco la permission de réaliser la cérémonie du jeu de Palín sur le site sacré de la laguna. A cette occasion, ils ont planté un Rewe, totem de bois en forme d'échelle (ou parfois constitué de branche de Canelo, l'arbre sacré), qui sert de connexion entre la Machi et le monde des esprits. La cérémonie terminée, ils ont délibérement laissé le Rewe planté, témoin de leur place sur ce territoire et de la détérmination avec laquelle ils comptent le  récuperer. Ne faisant pas partie des accords passés avec Bosque arauco, ces derniers vinrent et déplantèrent le Rewe pour le jeter devant la maison du Lonko Don Luis Lincopi... Scandale dans la communauté, profanation, mais également un bon moyen pour faire parler de la situation et réengager le débat avec l'entreprise ! (En découlera entre autres, la réunion à laquelle nous assisterons - voir article "Llico"-) A la fin du mois, après de longues négociations avec l'entreprise, le Rewe va être replanté de manière définitive cette fois-ci, premier pas vers la récupération de leurs sites sacrés ..?

             ...Rewe...                   

Bon, après ce rapport détaillé en mode journalistes ( L'Arauco Libéré, bonsoir!), voici quelques pages de vie et d'anecdotes un peu plus croustillantes. Nous passerons donc 10 jours chez Juan et Olga et leurs splendides, magnifiques...que dis-je, leurs forts sympathiques fils, Felipe, Juan-Alejandro et Matías, respectivement 26, 25 et 19 ans. L'ambiance familiale est bien chaleureuse et nous rigolons beaucoup ; les garçons sont fiers de nous exiber à leurs amis intrigués, dans cette ville si célèbre et hautement touristique qu'est Auraco (ironie bien sur) ; Parce que oui, ici encore, les gens se retournent sur notre passage (attention au poteauuuuuuuuuu!!)  et nous sifflent dans la rue, ce qui provoquera de grands éclats de rire chez Olga et une mauvaise habitude pour notre part...C'est vrai qu'en France, françaises parmi français, on est pas trop tape l'oeil!

Séance romantique : cavalcade à cheval parmi les fleurs des champs (digne de Doña Barbara) avec Felipe et Matías. Eh oui, Lisa, quelque peu angoissée à l'idée de chevaucher un tel animal, se retrouve contrainte de monter derrière Felipe ...Zuut alors!




Séance mécanique : visite du "taller de vulcanizacion" ( garage- atelier de soudure et autres trucs compliqués) de Juan&fils, oú nous tenterons de nous intéresser au fonctionnement des appareils ...en vain ( Le soir venu, Matías viendra offir à Eloise un dictionnaire de mécanique en español....elle en rêve encore).

Et le dimanche (c'est le jour du mariage!) ou plûtot celui des murtillas, ces petites baies sauvages qui constituaient l'une des cueillettes importantes des mapuches. Direction le Fundo Chilkoko: nous nous entassons dans les voitures,les paniers remplis de sopaipillas (beignets de pain) et de fromage frais sur les genoux, les jeunes, les vieux, les voisins, les chiens, les puces (décidément adoptées!)...Tous aux murtillas!!

Le chemin fut chaotique et semé d'embauches : nous pousserons les voitures, couperons un arbre tombé en travers de la route, nous perdrons un peu et reviendront au point de départ, pour au final s'arrêter et partager un bon repas en rigolant de la situation mais toujours sans la moindre trace de murtillas. On nous explique que les plantations de pins et d'eucalyptus ont détruits tous les écosystèmes natifs existants ; il faut donc aller chercher toujours plus loin les murtillas...Et ce dimanche, nous reviendront fourbus, heureux mais sans murtillas...!
Nous nous rattraperons en mangeant chataîgnes, fruits de mer et poissons frits tant bien mijotés par Olga.
Nous faisons nos adieux, mais gardons nos larmes pour plus tard, car nous allons certainement revenir pour la replantation du Rewe et le jeu de Palin à la Laguna de Chilkoko ( voir aussi article LLico).
A bientot, donc!

Llico pour la suite

Le jour des 19 ans d'Eloise, nous quittons la campagne reculée de Lloncao las dunas pour se rendre à Llico.
(Au passage, faute de gâteau, nous ferons une folie de chocolat : le pack-cantine de barres super8, quelques tablettes et des petits n'oeufs de Pâcques : ¡Feliz Cumpleaños!)

Llico est un tout petit village en bord de mer qui a beaucoup souffert du tremblement de terre de février 2010 ainsi que du tsunami qui le suivit : tous les restaurants et un bon nombre de maisons proches de la côte furent détruits, laissant de nombreuses familles s'entasser dans de petites bicoques de substitution. Aujourd'hui encore, certaines familles restent sans moyen pour reconstruire une maison et continuent de vivre dans ces "aldea". L'activité économique a été également complétement boulversée par cette catastrophe naturelle, surélevant la plage et provoquant la disparition de nombreux fruits de mer. Nombres de pêcheurs furent obligés d'aller chercher du travail dans les villes voisines, ne pouvant plus vivre de la récolte des algues et des fruits de mer.

Llico n'est pas un lieu à touristes, ou du mois pas à touristes françaises : pendant la haute saison, au coeur de l'été, des chiliens de Santiago ou de Concepcion s'aventurent parfois dans la contrée... Mais deux petites blondes, c'est du jamais vu !! Autant dire qu'on ne passe pas inaperçues, on dirait même des bêtes de foire un peu rares...
Qu'est-ce qu'elles font là ces 2 "gringas" ? C'est vrai ça, qu'est-ce qu'on fait à Llico ?
Et bien, on a été invitées par le Lonko (le chef) de la communauté mapuche de LLico, Don Luis Lincopi. (photo ci-contre)

Et pourquoi ? Un peu de patience, voici l'histoire : Au delà de Llico, s'étend ce qu'on appelle le "Fundo Chilkoko" : vue d'avion ou vue de pietons, on y voit que des pins, des pins bien alignés et de tout côté. C'est une plantation de Bosque Arauco, puissante entreprise forestière qui exploite des milliers d'hectares de pins et d'eucalyptus dans la région. Petit à petit la forêt native disparaît et les ecosystèmes se trouvent boulversés, générant de nombreux problèmes environnementaux. Par exemple, les eucalyptus monopolisent toutes les ressources en eau au détriment du reste de la végétation, qui, en disparaissant, boulverse également les petites activités économiques de cueillettes, de pêche et de chasse...
L'autre problème, c'est qu'ancestralement le fundo chilkoko appartenanit à 3 familles mapuches et que leur territoire fut usurpé par un voisin Gringo (dans la culture orale mapuche, les papiers certifiant l'appartenance à ces territoires étaient inexistants), qui en fit don à l'Université de Concepcion (l'Etat) qui la vendit à Bosque Arauco (l'entreprise forestière). Bref, sombre et complexe histoire...

Aujourd'hui, ces trois familles (nouvelles générations comprises) se retrouvent sans terres et vivent dans les petites villes environnantes. Ensemble, elles aimeraient récupérer le "fundo Chilkoko" et en premier lieu ses sites sacrés. Il y en a plus de 32 parmi lesquels se trouvent le Treng-treng (colline sacrée qui de par sa situation et sa hauteur, permet de voir l'horizon et le cercle de la terre, donnant l'impression à l'observateur de se trouver au centre du monde ) ; El Trayenko ( cascade où la Machi venait chercher des remèdes; c'est
dans ce même site que se réalisaient les bains pendant le nouvel an mapuche, le watripantu) ;  la LLawinkura ( pierre creusée et remplie d'eau, où se présentaient les nouveaux nés à la Terre Mère) ; et la Laguna, lieux de cérémonie, où se déroule par exemple le jeu de Palin (auquel nous allons d'ailleurs participer en cette fin de mois).
Aujourd'hui, pour accéder à ces sites, les membres de la communauté doivent demander une clé et une permission pour réaliser leurs cérémonies en ces lieux.


Nous assisterons d'ailleurs à une réunion avec les gérants de cette monstrueuse entreprise, dont le slogan est, si ironique puisse-t-il sonner, "Auraco : sembremos
futuro" ( Auraco: nous plantons le futur)... Les membres de la communauté ont réussi à obtenir une entrevue afin d'engager le dialogue sur la récupération de ces terres et tenter de trouver des compromis et des accords. Même si la conversation nous a parut relativement ouverte, le processus risque d'être long et difficile, au vue de la puissance de l'entreprise...

Et nous dans tout cela? Nous, on peut se rendre utile avec notre caméra "Pucha" : chaque famille voudrait reconstituer son historique, avec des images des lieux et des récits, pour avoir ainsi une trace et un appui de plus pour la lutte. Nous sommes donc enrolées en tant que caméraman amateurs euuh que dis-je, professionnels voyons, pour réaliser l'historique de la famille Lincopi.

Quand nous ne parcourons pas les sentiers en quête de sites sacrés, nous travaillons dur aux fourneaux : nous sommes logées chez la fille de Don Luis, Léonore et sa famille, qui tiennent une petite boulangerie-patisserie-épicerie. Nous mettons la main à la pâte (dans tous les sens du terme) et instaurons des nouveautés à la vitrine : "gâteaux français"-un moka en l'occurence!-, "biscuits français"- des cookies (humm, plûtot européennes que françaises les douceries...). Mais apparement, l'éxotisme plaît et nous jouons donc aux pâtissières. Enfin, jouer à la marchande en español, c'est pas ce qu'il y a des plus faciles, mais bon, en toute humilité, les deux extraterrestres s'en sortent pas si mal sur la fin du séjour... (bien que la rapidité dans la coupe du jambon soit encore à perfectionner!)

Nous nous étions habituées à des contacts faciles, des relations fluides s'installant rapidement, aidées par une bonne dose d'humour et de rire.... Cependant, avec la famille de Léonore, le lien fut un peu plus long à s'établir, les discussions et la confiance se sont installés plus progressivement... Mais au final, peut-être était-ce donc plus sincère, moins superficiel comme ça peut l'être parfois avec ces rencontres chaleureuses, certes, mais tellement rapides qu'elles ne peuvent être réellement profondes.
Parfois, il ne faut pas vouloir brusquer ou chercher trop vite l'amitié... Parfois, il faut peut être simplement laisser le temps que les choses se fassent d'elles mêmes, laisser le temps à l'Autre de nous connaître et de nous apprécier pour ce que l'on est vraiment...
On se sent bien dans cette "panaderia" (boulangerie), se réveillant tous les matins avec une bonne odeur de pain chaud que l'on mange à toute heure du jour et de la nuit, et partons de Llico à reculons...
Mais ça, c'est l'inévitable inconvénient du voyage : on quitte là où on est bien pour aller vers du nouveau, recommencer à chercher à s'adapter, à essayer de s'intégrer, se faire accepter, aller vers un inconnu qui sera peut-être plus difficile, moins sympathique...ou encore meilleur!

LLoncao les dunes, première semaine

Par Pedro Vasquez, nous avons pu entrer en contact avec un réseau d'organisations, associations et communautés mapuches de la 8ème région du Bío-Bío, entre Cañete et Concepcíon.
C'est par ce biais que nous atterrissons à Lloncao, zone côtière où vivent agriculteurs, pêcheurs, mapuches, vaches, lapins et puces.

C'est aussi ici que vit Luis, à plus de 15 min à pied de la première route accessible en voiture, entouré de dunes et de quelques restes de forêt native ; terre qu'ils ont récupéré après plus de 10 ans de lutte. Au cours de l'histoire, entre réforme agraire et contre-réforme agraire, certains mapuches se sont vus dépossédés de leurs terres ancestrales qu'ils tentent aujourd'hui de récuperer. C'est nottament un des thèmes que Luis et son réseau défendent.

restes de vases et poteries

Outre cette lutte pour la récupération de la terre, il mène un projet de mise en valeur de la culture dans la zone : en cela à été mis en place un atelier "culture mapuche" avec les enfants mapuches de l'école rurale de Lloncao, dans le but de les sensibiliser au riche patrimoine cultrurel que recèle le territoire où ils vivent. Haut lieu historique (bataille épique contre les conquistadors) et archéologique jamais étudié (nombreux restes de vases et de poteries mapuches), le territoire n'est pourtant pas assez mis en valeur, notamment au sein des mapuches eux-mêmes qui ne savent plus parler leur langue et méconnaissent parfois l'histoire de leurs ancêtres. C'est pour cela que Luis a mis en place cet atelier, afin de relancer l'intérêt des enfants pour leur culture, leur langue, leurs traditions et que ceux-ci puissent perdurer (tout comme du côté de chez Francisco, l'idée que le mapudugun soit une option possible dans toutes les écoles du territoire est défendue).

Nous sommes donc les bienvenues dans la participation de ce projet : nous, c'est à dire les 2 et "Pucha", notre fidèle caméra qui tente de retenir quelques images pour un futur petit film, car Luis souhaite également réaliser un petit reportage sur ces activités.

 
Nous accompagnons donc Luis à l'école et au musée, filmant ses "cours" de culture, répondant aux questions amusantes des enfants intrigués et jouons avec eux à la bataille de noisettes (pas de chance pour nos équipiers, nous, on a préféré les manger... les noisettes bien sûr, pas les équipiers!!).

   

Le week-end venu, les amis de la comunnauté de Chilkoko viennent collaborer à la construction de la ruka pédagogique, un autre projet de Luis... Comme nous l'avions déjà remarqué, les notions de récoprocité et de solidarité sont bien présentes dans la culture Mapuche ; ainsi, tout le monde met la main à la pâte. Les hommes clouent et scient, les femmes préparent la viande et les jeunes s'occupent d'aller chercher les jeunes demoiselles en détresse. (Petite explication: une amie française qui devait arriver se perdit tragiquement parmi les dunes et on ne la retrouva que 3 heures plus tard, saine et sauve).
Et le soir après avoir bien travaillé, petite séance chasse au lapin, à l'affut dans la nuit noire et silencieuse. Malheureusement, les lapins étaient de sortie en boîte de nuit (et non de conserve haha) ce soir là... déroutés de revenir bredouille, nous mangerons Roussette et Piquedupaindur, les 2 poulets pour lesquels Eloise venait d'éprouver une passion soudaine... La prochaine fois Elo, essayes de t'énamourer d'un âne ou mieux encore, d'un beau mapuche ;-) !!!

mercredi 4 mai 2011

Un autre mois bien chouette...

C'est parti, rattrapons notre retard!
"Si je n'étais pas parvenu à écrire grand chose, c'est qu'être heureux me prenait tout mon temps. D'ailleurs, nous ne sommes pas juges du temps perdu. " Nicolas Bouvier.
(Voilá, "Nico" nous comprend bien!)

Le temps, le temps, parlons-en du temps... Car c'est une notion bien complexe en voyage... (Voici donc quelques extraits de nos carnets de voyage, excusez d'avance les emportées lyriques de nos réflexions juvéniles.)

Déjà 5 mois de voyage, et pourtant il nous semble encore que nous partions hier... Les mois se suivent, lundi ou samedi n'ont plus beaucoup de significations (sauf le dimanche où tout est fermé et oú on se retrouve sans rien à manger...), ils sont juste là pour nous rappeller qu'un jour il va falloir rentrer.
Nous perdons la notion du temps... ou la gagnons, justement !? Deux jours de bus, ou un jour à ne rien faire, mais qu'importe, l'essentiel est de savourer chaque instant, et cela est vraiment possible lorsqu'on prend le temps... On déconnecte, on fige un instant ce terrible mécanisme qui rythme tant notre vie. On devrait pouvoir le faire toute sa vie, et pas seulement qu'en voyage; mais le voyage offre cette possibilité que notre vie quotidienne ne nous laisse pas le temps de saisir. Englués dans un quotidien qui peut nous détourner de nos passions, de nos folies, de nos rêves. Un quotidien qui nous harasse et nous éloigne parfois de ce à quoi nous aspirons vraiment, par toutes ces contraintes, ces impératifs, ce temps qui passe trop vite... Pauvres de nous: de petits pantins qui s'affairent dans tous les sens en oubliant l'essentiel, pour "gagner du temps", mais c'est lui qui nous prend de vitesse, parce qu'on oublie qu'au final on court tous vers notre mort... (Gloups)
Et puis au fait, pourquoi avoir tant disséqué le temps et si strictement? Mois, jours, heures, secondes....
Du temps ancestral des Mapuches le calendrier était celui des saisons, un peu comme aujourd'hui mais avec la grande différence de n'être pas fixe. Ainsi, le nouvel an se déroulait au début de l'hiver, quand la terre se repose, s'assainit pour mieux se préparer a renaître avec le printemps. Et si l'été durait 3 "mois" au lieu de 2, "l'année" comptait un "mois" de plus... Et celle d'après, 2 "semaines" de moins... (bien sûr, les concepts de mois et semaines n'existaient pas, c'est juste pour illustrer).
Au rythme de la nature... Un autre monde, un autre temps...
Aujourd'hui, nous sommes au rythme de la montre; mais lorsque 2 heures de maths sont une éternité et qu'on ne voit pas 6 mois passer, on se dit alors que jamais on ne pourra saisir le temps. Seulement des instants, de joie, de peine, d'emotion, de contemplation, de réflexion... A nous de les attraper, d'en profiter, et si ils sont beaux, de les conserver : oui, les extirper hors du temps, à jamais présents dans nos mémoires. Car dans la folle course du temps, quoi de plus beau que de s'en échapper : on rêve, on se souvient, on pense, et on oublie les aiguilles qui tournent, les jours qui passent, les années qui défilent, inéluctablement...

Cependant, à la seconde de la minute du jour d'aujourd'hui, et malgrés nos réflexions, nous ne pouvons oublier que nous avons un mois de racontage de voyage à rattraper, alors...au boulot!!
Ce fut un mois différent des autres, comme un nouveau voyage, mais qui, commes toujours, passa bien trop rapidement, intensément rempli de rencontres, de découvertes, d'instants souverains coulés au fond de nos mémoires où l'on ira les rechercher un jour... ( Euhh, Lisa t'as mis quoi dans le riz de ce midi??)