jeudi 10 février 2011

En remontant le Chili...

Nous décidons de rentrer de notre séjour en Patagonie par la carretera austral. Nous quittons la pampa Argentine et la mythique route 40 (dont nous cherchons bien le mythique!!) pour les montagnes et lacs somptueux qui jallonnent le côté chilien.

Coyhaique
Nous nous retrouvons bloquées à Coyhaique - plus de bus avant 10 jours et des bateaux hors de prix-, le temps de se dire qu'on est un peu dans la galère, de se demander si on continue en stop toutes seules, nous rencontrons par hasard dans la rue deux clowns qui vendent des fleurs en ballon.
Ce sont des étudiants de Temuco qui se payent ainsi leurs vacances. On se voit proposer le poste d'assistante à leur côté et grâce à nous, leur butin est triplé !!!
En partageant celui-ci autour d'une bebida - LE soda chilien- et quelques gâteaux, nous apprenons qu'ils sont d'origine mapuche, et que, si ils s'en sont longtemps peu soucié, aujourd'hui ils aimeraient revenir à leur culture, en savoir plus sur leurs ancêtres, leurs traditions.
Ils font partie de groupes de jeunes militants, qui mènent des actions à but social, soutiennent des mouvements de grève, organisent des manifestations, diffusent les informations "censurées"...
"Liberté aux prisonniers politiques mapuches"
Par exemple, ils ont soutenu les détenus mapuches en grève de la faim pour réclamer l'abolition de la loi anti-terroriste qui leur est appliquée. Par le biais de la diffusion de journaux et tracts, d'organisation d'événements culturels et artistiques, ces groupes tentent de sensibiliser les autres jeunes aux difficultés sociales que rencontre leur pays : mapuches, mais aussi ouvriers, enfants des quartiers défavorisés, exclusion sociale, etc.
Au vue de nos nombreuses questions et de notre intérêt pour ses activités, ils nous ont  proposé de les retrouver à Temuco.
Nous irons donc découvrir tout ceci très prochainement...
 
   -- Heureux hasards du voyage --


Lundi 7 février, 9h. Agence Navierra Austral, transports maritimes.
Nous pensons quitter Coyhaique en bateau pour rejoindre l'île de Chiloé. L'hôtesse, qui a l'air vraiment niaise, nous affirme que la seule solution est un bateau de croisière, dont le prix exorbitant mettrait à mal notre budget pain-moutarde (repas d'économie en tant de crise !).
Pourtant, nos amis de Temuco nous ont assuré qu'un bateau de locaux faisait la même traversée pour moitié prix.
" - Vous êtes sûre qu'il n'y a rien d'autre ?
  - Non, désolée. (souire niais)
  - Mais vous êtes vraiment sûre ? On nous a parlé du bateau "Alejandrina" qui dessert tous les petits ports locaux...
  - Non désolée. (sourire niais)
  - Mais si, des amis l'ont pris... On ne pourrait pas appeler le port pour se renseigner ? (début de la fin de la patience)
  - Non, désolée (sourire niais) "
Quelque peu dépitées, nous tentons tout de même de nous rendre au port de Puerto Chacabuco, afin de confirmer l'impression que vraiment, cette hôtesse était niaise ...

Nos amis de Temuco qui apparemment ont eu la même impression, sont de la partie.
3 heures plus tard et les billets d' "Alejandrina" en poche, le budget sauvegardé (chouette, on va pouvoir s'acheter du chocolat !), nous embarquons pour 36h de bateau à travers îles et fjords du nord de la Patagonie.



Le temps est radieux, les paysages sont magnifiques : petits ports de pêcheurs patagons, montagnes qui semblent sortir tout droit du fond de l'eau, couchers de soleil, et pinguins qui nous suivent en nageant...

 Bon, nous ne parlerons pas de l'état et de la propreté du bateau, mais l'ambiance est sympa :

Sol Dominguez -ex-soliste du groupe "sol y media noche", très fameux au Chili-, est aussi à bord avec ses deux musiciens. Ils profitent de la soirée pour jouer gratuitement sur le pont et faire chanter l'équipage avec leur musique folklorique. Leurs deux assistants, Ignacio et Cristian (dont le principal rôle est de distribuer des flyers), curieux de nous voir manger des sandwichs à la carotte, nous accostent et vite, nous sympathisons.
Manquant de main d'oeuvre pour distribuer les flyers, nous nous voyons proposer un nouveau rôle d'assistantes pour la fin de leur tournée.
Le temps de changer de contrat de tavail, nous les retrouverons quelques jours plus tard à Ancud, au nord de l'île. Notre carrière décolle !

Petit séjour en Patagonie Argentine


" On ne pouvait pas être si près sans y poser les pieds ! "
Et bien ce fut même la jambe entière que nous poserons puisque nous y passerons près de 3 semaines (en comptant quand même 3 jours entiers de bus pour descendre toute l'Argentine de Bariloche à El Calafate : pampa, pampa, guanacos, autruches, pampa).



Drôles d'impressions après nos jours passés, seuls, au milieu de la nature ; après notre séjour chez Carlos et Marta et nos discussions sur la simplicité de vie et l'economie des ressources...
Nous nous retrouvons immergées sous un flot de touristes, entre vagues de restaurants chics et de magasins de sport outdoor, tempêtes d'agences de treeking et marées de voyageurs faisant la queue devant un distributeur, qui, de toute façon, sera à sec d'ici peu. Bref l'ambiance est très "tourisme d'aventure" et "expédition en Patagonie"... Ça vend du rêve et on se croirait dans une ville virtuelle comçue entièrement pour accueillir et faire consommer le touriste en quête du "mythe patagonie".
On ne se sent pas très à l'aise et vite, filons pour El Chalten.

A la base, ce village fut construit par des pionniers argentins pour marquer le territoire : 3 maisons, une église, premiers arrivés, premiers servis ; desormais ce bout de Patagonie est argentin et non chilien...
Puis très vite, ce lieu devint "la mecque des alpinistes".
En discutant avec le vendeur de fromage ou la lavandière, on apprend comment le village s'est dévelloppé, surtout ces dernières années. Il y a tout juste 2 ans, il n'y avait pas de route goudronnée, très peu d'infrastructures : son isolement le protégeait du tourisme de masse. Aujourd'hui, on sent comme un "futur Chamonix"... Seul le temps, tellement capricieux, et les dures conditions climatiques, préserveront peut-être ce paradis...?


En tous cas, nous, on s'y sentira bien !
Randos, escalade, maté les jours de tempête, avec des "trekkeurs" de passage, des futurs guides argentins ou nos lascards normands... les jours passent, on ne les voit pas passer !

L'accent argentin nous fait perdre le peu d'espagnol que l'on avait acquit au Chili... Lorsque "la calle" (la rue) devient "la cacchhhe", on ne sait plus où aller ; et lorsqu'on a droit à la si fine drague argentine, on ne sait plus s'arrêter de rigoler !
(Dans "Album photos", plus d'anectodes...!)

Nous refermons cette parenthèse patagone, les yeux pétillants et des images plein la tête, pour nous replonger plus pleinement dans notre projet avec une nouvelle énergie.



Petite page culturelle...

Notre intérêt et notre curiosité nous poussent à faire quelques recherches sur l'histoire des indiens dans cette partie de la Patagonie.

Inhospitalière et peu clémente, la Patagonie était pourtant peuplée avant l’arrivée des blancs. Plusieurs peuples se répartissaient sur ces immenses territoires :


Légende :
1. Mapuches, dont le territoire s'étendait jusq'à l'île de Chiloé.
2. Puelche
3a., 3b., 4., 5. Tehuelches, chasseurs-cueilleurs des steppes et pampas 6. Onas : ce sont probablement leurs feux, qui servaient de moyens de communication entre clans éloignés, qui incitèrent les premiers européens à donner son nom à la Terre de Feu.
7. Haush
8. Yanamas
9. Kawesqar (Alakaluf)
10. Chono, peuple complètement disparu qui habitait l’archipel des Chonos, au sud de Chiloé




" Les premiers explorateurs européens qui les ont rencontrés ont considéré leur nudité comme un signe d’infériorité (cette idée n’a plus jamais quitté les blancs). En effet, malgré les températures peu amènes, la pluie et la neige, les indiens vivaient souvent, soit nus soit sommairement couverts de quelque peau de bête. Or, loin d’être un signe d’arriération, c’est justement là un signe de leur parfaite adaptation à leur milieu : les indiens s’enduisaient le corps de graisse de mammifères marins, ce qui leur offrait une protection optimale contre le froid et l’humidité. Lorsque, plus tard, les missionnaires voudront les habiller en les sédentarisant, les indiens mourront en masse : perpétuellement trempés, les habits en coton deviendraient des hardes mortifères."

Schématiquement, la disparition de ces peuples - on exclut ici le peuple Mapuche -, se passa ainsi :
là où les indiens gênaient quelque intérêt colonial (économique), ils furent physiquement éliminés. Là où ils ne gênaient pas, on se contenta de surexploiter leurs ressources et, finalement, les colons considérèrent qu’il fallait quand même les « civiliser » ; ce qui, avec les nouvelles maladies européennes (tuberculose, pneumonie, syphilis…) et la perte de leur culture, les fit également disparaître.
L’occupation de leurs territoires par les blancs, bouleversant leurs habitudes de chasse et de pêche et amenuisant leurs ressources, les tueries et persécutions (2 oreilles ramenées valaient payement...), l'assimilation comme ouvriers pour les grands propriétaires terriens, la sédentarisation, l'évangélisation, l'alcool, ... tout ceci participera à leur acculturation et à leur disparition totale.

"Avant de disparaître, les indiens de Patagonie se sont transformés. Ils ont essayé de s’adapter aux nouvelles conditions, l’omniprésence, l’agressivité, la contraignante charité des blancs. Mais cette adaptation a achevé ceux que les fusils ou la maladie n’avait pas tués."
Le peuple Mapuche a été le seul à avoir resisté à ces conquêtes coloniales...
Pourquoi les autres n'y sont-ils pas parvenus ? Serais-ce un manque d'organisation, de forces face à la puissance et à la soumission... ? Ou la cruauté des colons a été telle que les indiens n'ont pas eu la possibilité d'agir...   ???

De nouvelles questions, encore tant de choses a apprendre...