jeudi 24 février 2011

L'île de Chiloé

A 20 minutes en bateau du continent, apparaît l'île de Chiloé, assez pauvre et rurale, enveloppée dans sa brume et sa pluie caracteristiques. 

De par sa mythologie bien particulière, ses traditions encore bien ancrées, nous sentons le peuple chilote fier et détaché du Chili, comme il l'a été géographiquement jusqu'au début du 20ème siècle.

Les palofitos, maisons typiques
en bois de cyprès

Les Chonos furent les premiers habitants de l'île. Puis ils furent repoussés sur l'archipel d'Aysen, un peu plus au sud, lorsque les Mapuches les envahirent par le Nord. Aujourd'hui, des communautés de mapuches-williches sont encore présentes, surtout dans le sud de l'île. Mais leur équilibre, tout comme l'équilibre écologique de l'île, est menacé par les élevages intensifs de saumons et de coquillages qui supplantent progressivement la pêche traditionnelle. En passant en bus près d'une usine a poissons qui dégage une odeur nauséabonde, on repense a ce représentant mapuche venu déposer une plainte au siège de l'ONU à Genève : une usine norvegienne d'alimentation de poissons polluait -et pollue encore certainement- par ses rejets les cours d'eau et l'ensemble du territoire de sa communauté...

D'autre part, le tourisme s'est beaucoup développé depuis les années 1990, mais il nous a semblé que ces communautés étaient plûtot bien intégrées à cette activité : certaines participent à la gestion de campings dans des parcs naturels (comme dans le parc national de Chiloé), d'autres ont mis en place des centres de santé alliant différentes médecines (indigènes, traditionnelles, plantes,...) ou s'organisent en associations pour vendre de l'artisanat...
La culture Mapuche nous a parut valorisée et de nombreux organismes contribuent à fortifier l'identité Mapuche ; de plus, en papotant avec une voisine de bus, nous avons appris que de nombreuses familles aux ascendances mapuches revenaient vivre dans leur communauté. D'après elle, ils sont encouragés et aidés pour cela... Par qui ? Sont-ils nombreux ? A suivre...

Notre attention a été retenue par ce centre de santé, à l'initiative du " Consejo de caciques" (conseil des chefs), qui a pour objectif de promouvoir la medecine mapuche, tout en incorporant d'autres savoirs... (plantes médicinales, énergies, ...) Ils ont crée un atelier-laboratoire pour préparer des médicaments avec les plantes de l'île, offrent des consultations, et sensibilisent les williches -et les chilotes- à cette pratique ancestrale pour qu'elle perdure.
Selon le "Consejo de caciques" :
" Notre santé est liée a l'équilibre de la Mapu Ñuke ( la Terre mère).
Nous faisons partie de la Nature : en ayant connaissance de la Terre mère, nous avons aussi connaissance de notre propre organisme.
De même que notre peuple se préoccupe de récupérer et de conserver ses droits territoriaux, il sent aussi comme un droit fondamental celui de proteger la santé de tous les Williches (mapuches) et de mettre à profit ses connaissances au reste de l'Humanité.
La préservation et la protection de sa santé ne depend pas seulement des médicaments mais aussi de la protection de la Nature. C'est par la Mère Nature que nous devons passer pour trouver les remèdes, les forces ou energies qui nous permettent d'être en harmonie, et c'est pour cela qu'il est important de protéger notre environnement. "


Après ces petites infos quelques peu journalistiques (navrées pour les copines friandes de potins ^^), aux dernières nouvelles :
Nous quittons enfin l'île mystérieuse,
Sur le bord de la route, deux autostoppeuses,
Un rien poisseuses mais fort heureuses !
Le ventre rempli d'un bon curanto*,
Les yeux, de la nature vierge du parc naturel de Cucao,
Le coeur, gonflé de rencontres innatendues,
Les jambes, cassées par le poids de Poudou et Kulfu,     -nos sacs à dos respectifs-
Nous reprenons la route : Huu Huuu !
* Le gargantuesque plat typique, à base de moules, et autres fruits de mer, viande, saucisse, patates... cuit à la vapeur à même la terre dans un trou.

Une remorque de camion, 20 kms, 15 autostoppeurs !!!

Le curanto : allez, maintenant il s'agit d'avoir le ventre aussi gros que les yeux !!!