Bon. Il nous reste 2 semaines de voyage...*enfin, à l'heure d'aujourd'hui, il ne nous reste que 3 jours, mais effet de style oblige, on parle au présent pour que ce soit plus vivant...*
Nous avons envie d'une petite escapade dans le nord pour découvrir ses étendues sèches et désertiques, de revenir faire nos adieux à nos amis de Villa Alemana, ainsi qu'à ceux de Temuco, d'aller rencontrer les jeunes de l'association Punto Corazon à Valparaiso, et... Voici que nous nous faisons inviter à la cerémonie de replantation du totem sacré, le Rewe, par les familles du Fundo Chilkoko. Dilemme, trilemme, quadrilemme je dirais même : qu'allons nous faire?? Tout, voyons! Les nuits de bus ne sont désormais plus un obstacle à l'organisation -ou plûtot, à la désorganisation- et nous voila reparties pour quelques petits aller-retours à travers le pays !!!

Nous irons même plus au Nord que prévu, nous retrouvant soudain, par quelque miracle inconnu, dans un pays étrange : les palmiers, les maisons en adove et les églises aux apparences de mosquées nous donnent l'impression de nous retrouver au Maroc, et l'accent espagnol nouveau nous déconcerte...Pourtant, nous sommes toujours au Chili, près de la Serena, dans la vallée de l'Elqui. Drôle de vallée tout de même : le fond est verdoyant de vignes et d'arbres fruitiers, contrastant net avec les montragnes pelées de cactus et le ciel d'un bleu éclatant, où brûle un soleil à nous en faire rougir.

Petite halte spirituelle dans ces lieux meditatifs qui ont attirés hippies, liseurs de tarot, hare krishna et autres capteurs d'énergies dans leur quête de trouver des réponses aux mystères de la vie... Mystères du ciel également, auxquels nous jeterons un coup d'oeil *au téléscope*, emballées par un super astronome francais qui repondra avec patience aux questions d'Elo qui, décidement, ne comprend rien à la physique...*Mais euhh Lisaaaa, pourquoi plus une étoile est loin dans le ciel et plus elle est loin dans le passé?? *

On nous avait dit que le ciel du Nord du Chili était un endroit exceptionnel dans le monde pour l'observation de la voûte célèste, de par sa pureté et ses conditions météoroloqiues uniques... On en reviendra toutes émoustillées, émerveillées, des petites étoiles dans les yeux...et de nouvelles questions plein la tête *Mais l'infini existe il? Et la Création de l'Univers alors?? * mais ça, c'est une autre histoire...
3 jours par ci, 3 jours par là, nous faisons nos adieux *bouhhh les adieux...les aurevoirs dirons nous, puisque nous avons promis de revenir dans 5 ans...*

Nous retiendrons cette belle journée passée en compagnie de Punto Corazon, association catholique qui fonctionne grâce à l'investissement de jeunes volontaires qui viennent vivre un an ou deux au cœur de quartiers particulièrement défavorisés au service des plus délaissés, tout spécialement les enfants. Nous avons été particulièrement touchées par l'esprit de Punto Corazon, qui privilegie l'échange, l'amitié entre êtres humains, auprès des exclus et avec ceux qui n'interressent personne, plutôt que l'aide materielle ou financière. De notre humble point de vue, nous pensons que trop nombreux sont les organismes humanitaires qui négligent cette partie de soutien moral, de réelle relation, qui peut être une aide aussi voire plus importante que l'aide financière... L'idée de cet organisme est de répandre une « culture de compassion », qui remette l’homme au centre de toute préoccupation, non seulement dans les bidonvilles mais aussi dans le domaine des sciences, de l’économie, de l’art, de la politique, etc...
*Bon, l'année prochaine qu'est ce qu'on fait? Blagounette les parents, on va étudier oui oui oui...*

Un autre regard que nous posons donc sur la ville touristique de Valparaiso... Loin des échoppes de souvenirs et des restaurants branchés, nous passons rendre visiste aux "amis de Punto Corazon", des familles dont nous apprenons des parcours parfois terribles, entre drogue, alcool, viols, violence et pauvreté... Journée forte émotionnellement et humainement : nous sommes admiratives du courage et de la foi avec lesquels ces jeunes accomplissent leur mission, comme ils disent...
Après ce sejour sous le soleil
des tropiiiiiiques, donne moi ta main viens danser lalala euhh du Nord, retour dans le Sud ou, paraît-il,
le temps dure longtemps, et la vie sûrement, plus d'un million d'années, et toujours en été... Enfin là en l'occurence, c'est l'hiver
qui frappe a notre porte, mes amis, ce soir oublions le... Il pleut
sur la ville comme il pleut sur mon coeur, il fait un froid de canard
qui barbottent dans la marre et qui font COIN COIN COIN COIN COIN COIN.....*ben quoi, on vous avait dit qu'on aimait pas les adieux, alors manquant de merken, ce sera avec la dérision que nous ferons passer l'affaire...*
Bon. Tout ce tsoin tsoin pour dire que nous revenons a Arauco avec joie et sans puces pour la céremonie de replantation du Rewe.
Comme nous l'avons déjà expliqué dans l'article "Arauco", les familles du Fundo Chilkoko ont obtenu de l'entreprise Bosque Arauco la permission de replanter ce totem de bois en forme d'échelle (ou parfois constitué de branche de Canelo, l'arbre sacré) qui sert de connexion entre la Machi et le monde des esprits, et ceci de manière définitive.
Vendredi, 15h30 : toutes les femmes de la famille s'activent. Olga fait cuire les dizaines de cuisses de poulets, Maria et Isabel font frire les Sopaipillas (beignets de pain), Sandra s'affaire au "Katuto" (sorte de pain cru de blé entier moulu)... Il faut prévoir de nourrir les nombreux invités de la communauté.
Samedi, tôt le matin : les hommes chargent les camionettes (tables, chaises, bombonnes de gaz, grosses marmittes, instruments de musique et couvertures...) puis nous nous entassons tous à l'arrière en direction du Fundo Chilkoko. Ah... Mais voilà que nous nous retrouvons bloqués à l'entrée : les barrières sont bien cadenassées et l'entreprise a "oublié" de donner les clés...

Mais ce n'est pas cette tentative qui empêchera la cérémonie de se réaliser : on sortira les hâches et les barres de fer et, ni une ni deux, voilà le chemin libre...
Alors que nous participons à l'installation du coin cuisine, au feu et à couper les patates pour la soupe, avant l'arrivée des invités, Juan et Gaston s'en vont les recevoir à Llico. C'est là que le Rewe avait été jeté par les gardes forestiers de l'entreprise : avant de le replanter, les mapuches lafkenche (lafken = eaux, mer et che = gens) iront le présenter à la mer et le mouiller de ses eaux...


Quelques temps plus tard, la camionette chargée du
Rewe, suivie du petit bus bondé -loué à cette occasion-, débarquent en un triomphe tonitruant : cris et chants mapuches, sons de grelots,
trutruka et de
kültrun (trompettes et tambours), et hommes et femmes qui descendent en souriant, vêtus pour certains de leurs habits et bijoux traditionnels. Les hommes portent le
tralilonko (bandeau) en laine tissé tandis que celui des femmes est en argent. Celles-ci portent également le
prendedore (sorte de gros pendentif en argent aussi) qui, outre sa beauté, a une fonction bien particulière lors des cérémonies, comme tous les autres bijoux d'ailleurs. En effet ils ont un rôle de protection : la tête et le coeur sont les parties sensibles, fragiles, que les mauvais esprits peuvent atteindre ; et les cérémonies sont les moments à risque par excellence, car il y a une communication avec le surnaturel, qui peut se manifester sous les aspects du bien ou du mal. Les femmes se protegent donc de ce risque en portant de grands et pesants bijoux au niveau de la tête et du coeur... Passionnantes ces explications, passionnantes... mais il nous en manque tellement encore!
La replantation du
Rewe est précédée par des temps de prières et suivie par des danses...
Après une assiette de casuela, quelques fruits de mer, et une bonne dose de sopaipillas et de katuto au miel, le jeu de Palin commence....

Le jeu de Palin peut ressembler un peu au hockey sur gazon. Les joueurs -exclusivement les hommes-, formant 2 lignes face à face, se disputent une petite balle de bois à l'aide d'une sorte de crosse (en bois également)... Les femmes quant à elles, auraient un rôle d'encouragement mental, en récitant des prières favorables à leur équipe!

Anciennement à caractère essentiellement guerrier, ce sport, n'étant pas compétitif, aurait aujourd'hui la fonction de rapprocher les communautés (des 2 équipes de joueurs), et permettrait également une sorte de résistance culturelle face à la culture dominante chilienne.
Nous rentrons fourbues, presque indigestionnées de sopaipillas, mais tellement heureuses d'avoir eu la chance de participer de nouveau à une cérémonie.
Au cours de celle-ci, nous avons d'ailleurs pu converser avec d'autres communautés de la région, qui elles-aussi, sont confrontées à ces problèmes de récupération de leur territoire et en particulier de sites sacrés, qui sont occupés par l'Etat (carabineros=police), les entreprises multinationales, ou aussi par des particuliers...
Cette replantation définitive du Rewe semble bien être un premier pas dans la lutte avec l'entreprise Bosque Arauco... Mais au vue de la monstrueuse importance de la forestale, on peut se demander jusqu'où cette dernière ouvrira le dialogue ; Et pour les autres communautés, arriveront-elles également à faire entendre leurs droits et à récupérer leur patrimoine...???
On revient dans 5 ans pour répondre à toutes ces questions ; en attendant, il nous faut faire nos au revoir à tout le monde. Emotions, larmes, c'est une deuxième famille que l'on quitte à Arauco...