lundi 4 avril 2011

Du côté des militants...

Matin frais, matin d'automne.     (Hum, l'inspiration manque toujours en début d'article...!)
Nous sommes en route pour Lican Ray, une petite ville touristique mais qui se transforme en ville fantôme hors saison. Aujourd'hui, nous avons rendez-vous avec Francisco, un contact que nous a donné Pedro Vasquez, ami de l'association Tierra del Fuego de Chambéry.

Francisco est à l'origine de " Radio Wallon", la radio mapuche de la région, et aussi un militant-leader-mapuche, à fond dans ses convictions : défense des droits de son peuple, reconnaisance et promotion de la culture... Francisco, c'est de ces gens qui te transmettent leur dynamisme et leur passion, leur énergie et leurs espoirs ; qui dégagent tant de convictions et d'optimisme qu'on en ressort avec qu'une envie : s'engager, être actif et croire que les grandes choses commencent toujours par les petits changements. Bref, Francisco, c'est un vrai !
Parmi ses nombreux projets : Radio Wallon, où on y parle mapudugun (langue mapuche), dont le but est de renforcer l'usage de cette langue qui se perd de nos jours, de créer un certain lien entre les communautés, et de pouvoir partager les idéaux, valeurs et cosmovision mapuches.
Autre initiative : la construction d'un centre de santé, qui allierait médecine traditionnelle mapuche et médecine moderne. En ce sens, un partenariat a été mis en place avec une université de Cuba : chaque année, quelques places sont accordées à des jeunes mapuches, qui peuvent ainsi se former en médecine. L'objectif est que ces jeunes reviennent ensuite exercer dans les communautés, en complément de la médecine traditionnelle (des machis).
Du côté de l'éducation, le projet serait d'ouvrir une "école Mapuche" où s'enseignerait les bases de la culture (langue, cosmovision, histoire,...) et, plus largement, l'idée serait que le mapudugun devienne une option possible dans toutes les écoles et collèges de la région. Un collège est déjà en expérimentation et des accords ont été passés avec certaines municipalités mais le manque de professeurs reste encore un obstacle à la concrétisation de ce projet, tout comme le manque de ressources, qui ralentit l'aboutissement de la plupart de ces actions...
Des idées fusent aussi autour du tourisme. En effet, les villes augmentant considérablement leur population durant l'été, les fruits et les légumes (par exemple) y sont importés pour répondre à ces besoins. Au lieu de cela, ils aimeraient profiter de cette demande pour générer des revenus en y répondant avec leur propre production agricole.
Sans oublier l'inévitable lutte pour la récupération du territoire ancestral mapuche qui se trouve toujours -en partie- entre les mains des "forestales" (grands entreprises forestières)...
Éducation, Santé, Social, Politique, Economie, Francisco ne s'arrête plus de nous énumerer des projets possibles, des espoirs pour que son peuple soit reconnu et ses droits respéctés par l' État...


Il sort son calepin aux pages toutes gribouillées de rendez-vous, de noms et de numéros de téléphone en tous sens et s'arrête à 2 pages :
" Si vous voulez, vous pouvez m'accompagner pendant ces 2 jours : j'ai une réunion du parti politique et une autre prévue avec le parlement..."
¡Ya, listo!  On embarque donc à ses côtés pour le suivre deux journées dans ses activités...



Nous assisterons à une réunion pour le futur parti politique mapuche : le Wallmapuwen et son slogan : "Kizungünetuafiyin Tain Wallmapu" (= Nous sommes acteurs sur notre territoire - à peu près, hein, on est pas encore bilingue en mapudugun !)
Initié en 2002, il manque encore à ce parti quelques signatures pour qu'il voie le jour mais les idées et concepts y sont déjà bien implantés.

D'une part, ce parti permettrait aux mapuches de s'impliquer d'avantage en politique car aujourd'hui ils sont marginalisés de celle-ci. D'autre part, l'un des objectif est de décentraliser le pouvoir : les décisions sont majoritairement prises à Santiago ou par des gens extérieurs ayant mois conscience des différentes réalités locales. Ce pati n'est pas conçu comme une fin en soi, mais plutôt comme un instrument, un moyen pour être acteur et participer aux décisions concernant leur territoire. Ce parti est dit "mapuche" mais reste largement ouvert aux "winkas" (= non-mapuches). Il s'adresse à tous les habitants de la région afin que ceux-ci puissent exprimer leur opinions et défendre leurs intérêts et leurs droits... La région est en effet aux prises de grandes firmes multinationales, de "forestales" ou de centrales hydroéléctriques...
Durant 4 heures, nous prendrons studieusement des notes, bon exercice de concentration en prévision de notre prochaine rentrée à l'université qui risque d'être difficile...!

Puis nous passerons 6 heures à écouter -sans broncher- la réunion du "Parlement mapuche".
Avant l'arrivée des conquistadors espagnols, ce parlement, géré par les lonkos et ouvert à tous (Hommes, femmes, enfants,...), faisait partie intégrante de l'organisation de la société ; afin de débatre des conflits et problèmes au sein des communautés.
Le dernier parlement fut disloqué en 1907, durant les tueries de la "pacification de l'Auraucanie".
En 2007, il revoit le jour dans la petite commune de Panguipuilli, et bien que n'étant toujours pas reconnu par l'état, il permet aux différentes personnes des communautés envirronantes, de venir parler de leurs problèmes entre communautés, et avec les municipalités...
L'exercice de concentration étant de la plus haute difficulté, nous retiendrons surout les thèmes abordés : proposition de collaboration avec un musée voulant faire une partie "culture mapuche", problèmes de ditribution d'eau dans une communauté avec l'implanation d'un "camping et cabañas", conflit de succession des champs avec un frère, partenariat avec le pays basque pour acquerir des méthodes dans la sauvegarde et le développement de la langue,....

Entre deux réunions, nous passons voir les amis : éleveurs de lombrics pour humus, ou projets de tourisme altenatif, tout le monde à la langue bien pendue, et nous, à la fin de la journée, les oreilles qui refusent de nous transmettre la traduction des propos!!!

Brefff, petite conclusion de ce long article : beaucoup de projets, optimisme, espoirs... Des jeunes aussi qui se bougent... Mais tout de même, ces personnes nous semblent être minoritaires, car beaucoup ont l'air de vivre leur situation plus passivement et sans avoir forcément conscience des injustices dont ils sont parfois victimes. (Voilà, ça c'est fait, une belle conclusion avec une petite ouverture pour ne pas perdre les bonnes vieilles habitudes!!)

dimanche 3 avril 2011

Temuco

(Avis : d'autres photos plus pertinentes viendront plus tard)

18h : Grosse ville en pleine effervescence, chaleur de plomb ...Nous sommes dans un des 6 terminals (on dit des terminaux?) de bus, un peu perdues...

"Allo Christian? Nous sommes arrivées ! 
-Ne bougez pas, je viens vous chercher, ma maison est la votre et vous allez vous sentir comme chez vous..."

C'est ainsi que nous retrouvons Christian, le jeune étudiant que nous avons rencontré a Coyhaique. Sa famille nous accueille pour quelques temps ; mapuches sans terres, ses parents ont mené une existence difficile où travailler pour nourrir et élever dignement leur 3 fils leur permettait à peine de joindre les 2 bouts. Petits vendeurs à la sauvette, ils partaient des journées entières, dormant parfois dans la rue, laissant leurs enfants seuls à la maison, pour revenir avec de quoi manger. A force de travail et de sacrifices, ils ont pu quitter leur minuscule "piaule" en taule prétée par la ville pour contruire eux-mêmes leur maison actuelle, qui fut améliorée au fil des années. Aujourd'hui, bien que très modeste, leur maison est loin de suggérer un parcours si difficile.
" La vie est dure ici", telle fut la première phrase de Narcisso, le père, 62 ans, qui continue a vendre montres, peignes et autres bricoles dans la rue afin de prendre en charge la nourriture. N'ayant bien sur pas de retraite, l'eau, l'éléctricité et le gaz sont payés par 2 de leurs fils qui vivent encore à la maison : Carlos, 36 ans, chauffeur de colectivo ( ces petits taxis collectifs si répandus ici) ; Chritian, 28 ans, combine études et travail pour financer ces dernières. 
" Ma vie n'est pas facile, on ne vit de pas grand chose mais on arrive encore à partager, à recevoir des gens ; et c'est cela qui me rend heureuse aujourd'hui. "
Nous aurons passé beaucoup de temps à parler avec Magdallena, la maman, vive, rigolotte est tellement interéssée malgrès son cancer de la peau et ses nombreux problèmes de santé qui l'empêchent de sortir de chez elle. Elevée dans sa communauté, dans sa famille exploitée par un "gringos" ( nom donné aux colons), elle a passé toute son enfance et toute sa jeunesse à travailler dans les champs. Sachant à peine lire, elle n'a jamais pu faire d'études et s'est mariée très tôt, quittant sa communauté avec qui elle entretenait des relations difficiles. Ayant adopté un mode de vie similaire à leurs propriétaires Gringos, sa famille était déjà mal vue par le reste de la communauté. Leurs cochons étaient parqués et nourris, leurs champs bien entretenus et cultivés de manière productive;  les autres familles de la communauté, quant à elles, laissaient leurs bêtes en liberté, n'avaient pas de chanps bien organisés, ne travaillant que le necéssaire pour pouvoir vivre. En cela, Magdallena les trouvait paresseux, voire irresponsables...
A la base de la culture mapuche, c'est la Terre mère qui fournit à l'Homme tout ce dont il a besoin. Les notions de rentabilité, de profit et de productivité n'existent pas et ce n'est qu'après l'arrivée de conquistadors españols que l'argent commence a régulariser les échanges. Le travail, s'il n'est pas nécessaire, n'a pas lieu d'être...c'est pour cette raison que les mapuches seraient considérés comme fainéants...?
Cette "paresse" ne ferait-elle pas simplement partie de leur culture, n'ayant pas la necessité de produire plus que leurs besoins pour être heureux? 
Cependant, Magdallena se rapelle des enfants de sa communauté qui allaient manger des oeufs d'oiseux crus et des échallotes sauvages pour combler leur faim; des champs à l'abandon où ne poussaient que des ronces; de leurs cochons affamés qui venaient dérober la nourriture des leurs...Mais tout cela encore, culturel, ou, comme elle le pense," manque de civilité"??
Elle garde aussi un goût amer d'un manque de solidarité, voire d'un égoisme de la part des membres de sa communauté, qui preferaient troquer leurs terres à des Gringos plûtot que de les donner à leurs semblables.
Mais ce tableau négatif qu'elle nous dépeint des Mapuches est réservé à ses ancetres, puisqu'elle nous dit qu'aujourd'hui les mapuches ont changés, se sont organisés et civilisés. Est-ce là une marque de perte de leur culture et de progressive assimilation ? 

Tout en nous parlant de son enfance, elle nous sert du maté dans un pamplemousse ( exquis!!!) que nous essayerons ensuite de préparer nous mêmes avec une maladresse qui fera bien rire tout le monde. Et quand elle ne fait pas mijoter de délicieuses petites soupes, elle suit avec amusement les séries passionnantes et déchirantes qui passent à la télé en fin d'après-midi.
De vraies imbécilités : on rit bêtement, on est absorbées et on regarde ça avec un interet quelque peu ironique. On souffre avec Ruben qui pleure , et ces animateurs atroces qui lui demandent pourquoi il décide de quitter le jeu, et cette petite musique de fond gnan-gnan au possible qui donne envie de pleurer à tout le monde alors que c'est juste que Ruben quitte le jeu, quoi...Et cette Barbarita, cette peste de Doña Barbara qui est amoureuse du beau docteur Santos alors qu'elle lui vole des terres et qu'elle tue tout le monde... Et Oscar, le ténébreux amant de .....on ne sait plus qui...qui s'est fait kidnapper par les hommes de la méchante qui veut empecher son mariage a tout prix...Enfin, vous voyez bien le genre, quoi. Ils adorent tous, ici....
( Preuve de notre progression en español : on commence a comprendre les séries!! )

Au passage, Christian nous fera connaitre sa bande d'amis, tous supers ouverts et interéssés, certains engagés et militants de la lutte sociale avec lesquels nous assisterons à la reunion de leur association étudiante (qui eut d'ailleurs plus des allures de fete que de reunion studieuse!).

L'ambiance de l'université nous manquant cruellement, il se sent obligé de nous emmener avec lui à la fac. Essayant de nous dissimuler parmi les groupes de première année, nous voilà avec la meme boule au ventre que si nous faisions notre rentrée : c'est graaand, on est perduuues, y'a pleins de gennnns... "Oui, oui, on est là en échange scolaire, hé hé !!"


Devenues accros à "Doña Barbara", nous établissons notre camp de base chez Christian, pouvant ainsi nous délester de quelques affaires entre nos différentes escapades !