" On ne pouvait pas être si près sans y poser les pieds ! "
Et bien ce fut même la jambe entière que nous poserons puisque nous y passerons près de 3 semaines (en comptant quand même 3 jours entiers de bus pour descendre toute l'Argentine de Bariloche à El Calafate : pampa, pampa, guanacos, autruches, pampa).
Drôles d'impressions après nos jours passés, seuls, au milieu de la nature ; après notre séjour chez Carlos et Marta et nos discussions sur la simplicité de vie et l'economie des ressources...
Nous nous retrouvons immergées sous un flot de touristes, entre vagues de restaurants chics et de magasins de sport outdoor, tempêtes d'agences de treeking et marées de voyageurs faisant la queue devant un distributeur, qui, de toute façon, sera à sec d'ici peu. Bref l'ambiance est très "tourisme d'aventure" et "expédition en Patagonie"... Ça vend du rêve et on se croirait dans une ville virtuelle comçue entièrement pour accueillir et faire consommer le touriste en quête du "mythe patagonie".
On ne se sent pas très à l'aise et vite, filons pour El Chalten.
A la base, ce village fut construit par des pionniers argentins pour marquer le territoire : 3 maisons, une église, premiers arrivés, premiers servis ; desormais ce bout de Patagonie est argentin et non chilien...
Puis très vite, ce lieu devint "la mecque des alpinistes".
En discutant avec le vendeur de fromage ou la lavandière, on apprend comment le village s'est dévelloppé, surtout ces dernières années. Il y a tout juste 2 ans, il n'y avait pas de route goudronnée, très peu d'infrastructures : son isolement le protégeait du tourisme de masse. Aujourd'hui, on sent comme un "futur Chamonix"... Seul le temps, tellement capricieux, et les dures conditions climatiques, préserveront peut-être ce paradis...?
En tous cas, nous, on s'y sentira bien !
Randos, escalade, maté les jours de tempête, avec des "trekkeurs" de passage, des futurs guides argentins ou nos lascards normands... les jours passent, on ne les voit pas passer !
L'accent argentin nous fait perdre le peu d'espagnol que l'on avait acquit au Chili... Lorsque "la calle" (la rue) devient "la cacchhhe", on ne sait plus où aller ; et lorsqu'on a droit à la si fine drague argentine, on ne sait plus s'arrêter de rigoler !
(Dans "Album photos", plus d'anectodes...!)
Nous refermons cette parenthèse patagone, les yeux pétillants et des images plein la tête, pour nous replonger plus pleinement dans notre projet avec une nouvelle énergie.
Petite page culturelle...
Notre intérêt et notre curiosité nous poussent à faire quelques recherches sur l'histoire des indiens dans cette partie de la Patagonie.
Inhospitalière et peu clémente, la Patagonie était pourtant peuplée avant l’arrivée des blancs. Plusieurs peuples se répartissaient sur ces immenses territoires :
Légende :
1. Mapuches, dont le territoire s'étendait jusq'à l'île de Chiloé.
2. Puelche
3a., 3b., 4., 5. Tehuelches, chasseurs-cueilleurs des steppes et pampas 6. Onas : ce sont probablement leurs feux, qui servaient de moyens de communication entre clans éloignés, qui incitèrent les premiers européens à donner son nom à la Terre de Feu.
7. Haush
8. Yanamas
9. Kawesqar (Alakaluf)
10. Chono, peuple complètement disparu qui habitait l’archipel des Chonos, au sud de Chiloé
" Les premiers explorateurs européens qui les ont rencontrés ont considéré leur nudité comme un signe d’infériorité (cette idée n’a plus jamais quitté les blancs). En effet, malgré les températures peu amènes, la pluie et la neige, les indiens vivaient souvent, soit nus soit sommairement couverts de quelque peau de bête. Or, loin d’être un signe d’arriération, c’est justement là un signe de leur parfaite adaptation à leur milieu : les indiens s’enduisaient le corps de graisse de mammifères marins, ce qui leur offrait une protection optimale contre le froid et l’humidité. Lorsque, plus tard, les missionnaires voudront les habiller en les sédentarisant, les indiens mourront en masse : perpétuellement trempés, les habits en coton deviendraient des hardes mortifères."
Schématiquement, la disparition de ces peuples - on exclut ici le peuple Mapuche -, se passa ainsi :
là où les indiens gênaient quelque intérêt colonial (économique), ils furent physiquement éliminés. Là où ils ne gênaient pas, on se contenta de surexploiter leurs ressources et, finalement, les colons considérèrent qu’il fallait quand même les « civiliser » ; ce qui, avec les nouvelles maladies européennes (tuberculose, pneumonie, syphilis…) et la perte de leur culture, les fit également disparaître.
L’occupation de leurs territoires par les blancs, bouleversant leurs habitudes de chasse et de pêche et amenuisant leurs ressources, les tueries et persécutions (2 oreilles ramenées valaient payement...), l'assimilation comme ouvriers pour les grands propriétaires terriens, la sédentarisation, l'évangélisation, l'alcool, ... tout ceci participera à leur acculturation et à leur disparition totale.
"Avant de disparaître, les indiens de Patagonie se sont transformés. Ils ont essayé de s’adapter aux nouvelles conditions, l’omniprésence, l’agressivité, la contraignante charité des blancs. Mais cette adaptation a achevé ceux que les fusils ou la maladie n’avait pas tués."
Le peuple Mapuche a été le seul à avoir resisté à ces conquêtes coloniales...
Pourquoi les autres n'y sont-ils pas parvenus ? Serais-ce un manque d'organisation, de forces face à la puissance et à la soumission... ? Ou la cruauté des colons a été telle que les indiens n'ont pas eu la possibilité d'agir... ???
De nouvelles questions, encore tant de choses a apprendre...


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