dimanche 3 avril 2011

Temuco

(Avis : d'autres photos plus pertinentes viendront plus tard)

18h : Grosse ville en pleine effervescence, chaleur de plomb ...Nous sommes dans un des 6 terminals (on dit des terminaux?) de bus, un peu perdues...

"Allo Christian? Nous sommes arrivées ! 
-Ne bougez pas, je viens vous chercher, ma maison est la votre et vous allez vous sentir comme chez vous..."

C'est ainsi que nous retrouvons Christian, le jeune étudiant que nous avons rencontré a Coyhaique. Sa famille nous accueille pour quelques temps ; mapuches sans terres, ses parents ont mené une existence difficile où travailler pour nourrir et élever dignement leur 3 fils leur permettait à peine de joindre les 2 bouts. Petits vendeurs à la sauvette, ils partaient des journées entières, dormant parfois dans la rue, laissant leurs enfants seuls à la maison, pour revenir avec de quoi manger. A force de travail et de sacrifices, ils ont pu quitter leur minuscule "piaule" en taule prétée par la ville pour contruire eux-mêmes leur maison actuelle, qui fut améliorée au fil des années. Aujourd'hui, bien que très modeste, leur maison est loin de suggérer un parcours si difficile.
" La vie est dure ici", telle fut la première phrase de Narcisso, le père, 62 ans, qui continue a vendre montres, peignes et autres bricoles dans la rue afin de prendre en charge la nourriture. N'ayant bien sur pas de retraite, l'eau, l'éléctricité et le gaz sont payés par 2 de leurs fils qui vivent encore à la maison : Carlos, 36 ans, chauffeur de colectivo ( ces petits taxis collectifs si répandus ici) ; Chritian, 28 ans, combine études et travail pour financer ces dernières. 
" Ma vie n'est pas facile, on ne vit de pas grand chose mais on arrive encore à partager, à recevoir des gens ; et c'est cela qui me rend heureuse aujourd'hui. "
Nous aurons passé beaucoup de temps à parler avec Magdallena, la maman, vive, rigolotte est tellement interéssée malgrès son cancer de la peau et ses nombreux problèmes de santé qui l'empêchent de sortir de chez elle. Elevée dans sa communauté, dans sa famille exploitée par un "gringos" ( nom donné aux colons), elle a passé toute son enfance et toute sa jeunesse à travailler dans les champs. Sachant à peine lire, elle n'a jamais pu faire d'études et s'est mariée très tôt, quittant sa communauté avec qui elle entretenait des relations difficiles. Ayant adopté un mode de vie similaire à leurs propriétaires Gringos, sa famille était déjà mal vue par le reste de la communauté. Leurs cochons étaient parqués et nourris, leurs champs bien entretenus et cultivés de manière productive;  les autres familles de la communauté, quant à elles, laissaient leurs bêtes en liberté, n'avaient pas de chanps bien organisés, ne travaillant que le necéssaire pour pouvoir vivre. En cela, Magdallena les trouvait paresseux, voire irresponsables...
A la base de la culture mapuche, c'est la Terre mère qui fournit à l'Homme tout ce dont il a besoin. Les notions de rentabilité, de profit et de productivité n'existent pas et ce n'est qu'après l'arrivée de conquistadors españols que l'argent commence a régulariser les échanges. Le travail, s'il n'est pas nécessaire, n'a pas lieu d'être...c'est pour cette raison que les mapuches seraient considérés comme fainéants...?
Cette "paresse" ne ferait-elle pas simplement partie de leur culture, n'ayant pas la necessité de produire plus que leurs besoins pour être heureux? 
Cependant, Magdallena se rapelle des enfants de sa communauté qui allaient manger des oeufs d'oiseux crus et des échallotes sauvages pour combler leur faim; des champs à l'abandon où ne poussaient que des ronces; de leurs cochons affamés qui venaient dérober la nourriture des leurs...Mais tout cela encore, culturel, ou, comme elle le pense," manque de civilité"??
Elle garde aussi un goût amer d'un manque de solidarité, voire d'un égoisme de la part des membres de sa communauté, qui preferaient troquer leurs terres à des Gringos plûtot que de les donner à leurs semblables.
Mais ce tableau négatif qu'elle nous dépeint des Mapuches est réservé à ses ancetres, puisqu'elle nous dit qu'aujourd'hui les mapuches ont changés, se sont organisés et civilisés. Est-ce là une marque de perte de leur culture et de progressive assimilation ? 

Tout en nous parlant de son enfance, elle nous sert du maté dans un pamplemousse ( exquis!!!) que nous essayerons ensuite de préparer nous mêmes avec une maladresse qui fera bien rire tout le monde. Et quand elle ne fait pas mijoter de délicieuses petites soupes, elle suit avec amusement les séries passionnantes et déchirantes qui passent à la télé en fin d'après-midi.
De vraies imbécilités : on rit bêtement, on est absorbées et on regarde ça avec un interet quelque peu ironique. On souffre avec Ruben qui pleure , et ces animateurs atroces qui lui demandent pourquoi il décide de quitter le jeu, et cette petite musique de fond gnan-gnan au possible qui donne envie de pleurer à tout le monde alors que c'est juste que Ruben quitte le jeu, quoi...Et cette Barbarita, cette peste de Doña Barbara qui est amoureuse du beau docteur Santos alors qu'elle lui vole des terres et qu'elle tue tout le monde... Et Oscar, le ténébreux amant de .....on ne sait plus qui...qui s'est fait kidnapper par les hommes de la méchante qui veut empecher son mariage a tout prix...Enfin, vous voyez bien le genre, quoi. Ils adorent tous, ici....
( Preuve de notre progression en español : on commence a comprendre les séries!! )

Au passage, Christian nous fera connaitre sa bande d'amis, tous supers ouverts et interéssés, certains engagés et militants de la lutte sociale avec lesquels nous assisterons à la reunion de leur association étudiante (qui eut d'ailleurs plus des allures de fete que de reunion studieuse!).

L'ambiance de l'université nous manquant cruellement, il se sent obligé de nous emmener avec lui à la fac. Essayant de nous dissimuler parmi les groupes de première année, nous voilà avec la meme boule au ventre que si nous faisions notre rentrée : c'est graaand, on est perduuues, y'a pleins de gennnns... "Oui, oui, on est là en échange scolaire, hé hé !!"


Devenues accros à "Doña Barbara", nous établissons notre camp de base chez Christian, pouvant ainsi nous délester de quelques affaires entre nos différentes escapades !

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