lundi 4 avril 2011

Du côté des militants...

Matin frais, matin d'automne.     (Hum, l'inspiration manque toujours en début d'article...!)
Nous sommes en route pour Lican Ray, une petite ville touristique mais qui se transforme en ville fantôme hors saison. Aujourd'hui, nous avons rendez-vous avec Francisco, un contact que nous a donné Pedro Vasquez, ami de l'association Tierra del Fuego de Chambéry.

Francisco est à l'origine de " Radio Wallon", la radio mapuche de la région, et aussi un militant-leader-mapuche, à fond dans ses convictions : défense des droits de son peuple, reconnaisance et promotion de la culture... Francisco, c'est de ces gens qui te transmettent leur dynamisme et leur passion, leur énergie et leurs espoirs ; qui dégagent tant de convictions et d'optimisme qu'on en ressort avec qu'une envie : s'engager, être actif et croire que les grandes choses commencent toujours par les petits changements. Bref, Francisco, c'est un vrai !
Parmi ses nombreux projets : Radio Wallon, où on y parle mapudugun (langue mapuche), dont le but est de renforcer l'usage de cette langue qui se perd de nos jours, de créer un certain lien entre les communautés, et de pouvoir partager les idéaux, valeurs et cosmovision mapuches.
Autre initiative : la construction d'un centre de santé, qui allierait médecine traditionnelle mapuche et médecine moderne. En ce sens, un partenariat a été mis en place avec une université de Cuba : chaque année, quelques places sont accordées à des jeunes mapuches, qui peuvent ainsi se former en médecine. L'objectif est que ces jeunes reviennent ensuite exercer dans les communautés, en complément de la médecine traditionnelle (des machis).
Du côté de l'éducation, le projet serait d'ouvrir une "école Mapuche" où s'enseignerait les bases de la culture (langue, cosmovision, histoire,...) et, plus largement, l'idée serait que le mapudugun devienne une option possible dans toutes les écoles et collèges de la région. Un collège est déjà en expérimentation et des accords ont été passés avec certaines municipalités mais le manque de professeurs reste encore un obstacle à la concrétisation de ce projet, tout comme le manque de ressources, qui ralentit l'aboutissement de la plupart de ces actions...
Des idées fusent aussi autour du tourisme. En effet, les villes augmentant considérablement leur population durant l'été, les fruits et les légumes (par exemple) y sont importés pour répondre à ces besoins. Au lieu de cela, ils aimeraient profiter de cette demande pour générer des revenus en y répondant avec leur propre production agricole.
Sans oublier l'inévitable lutte pour la récupération du territoire ancestral mapuche qui se trouve toujours -en partie- entre les mains des "forestales" (grands entreprises forestières)...
Éducation, Santé, Social, Politique, Economie, Francisco ne s'arrête plus de nous énumerer des projets possibles, des espoirs pour que son peuple soit reconnu et ses droits respéctés par l' État...


Il sort son calepin aux pages toutes gribouillées de rendez-vous, de noms et de numéros de téléphone en tous sens et s'arrête à 2 pages :
" Si vous voulez, vous pouvez m'accompagner pendant ces 2 jours : j'ai une réunion du parti politique et une autre prévue avec le parlement..."
¡Ya, listo!  On embarque donc à ses côtés pour le suivre deux journées dans ses activités...



Nous assisterons à une réunion pour le futur parti politique mapuche : le Wallmapuwen et son slogan : "Kizungünetuafiyin Tain Wallmapu" (= Nous sommes acteurs sur notre territoire - à peu près, hein, on est pas encore bilingue en mapudugun !)
Initié en 2002, il manque encore à ce parti quelques signatures pour qu'il voie le jour mais les idées et concepts y sont déjà bien implantés.

D'une part, ce parti permettrait aux mapuches de s'impliquer d'avantage en politique car aujourd'hui ils sont marginalisés de celle-ci. D'autre part, l'un des objectif est de décentraliser le pouvoir : les décisions sont majoritairement prises à Santiago ou par des gens extérieurs ayant mois conscience des différentes réalités locales. Ce pati n'est pas conçu comme une fin en soi, mais plutôt comme un instrument, un moyen pour être acteur et participer aux décisions concernant leur territoire. Ce parti est dit "mapuche" mais reste largement ouvert aux "winkas" (= non-mapuches). Il s'adresse à tous les habitants de la région afin que ceux-ci puissent exprimer leur opinions et défendre leurs intérêts et leurs droits... La région est en effet aux prises de grandes firmes multinationales, de "forestales" ou de centrales hydroéléctriques...
Durant 4 heures, nous prendrons studieusement des notes, bon exercice de concentration en prévision de notre prochaine rentrée à l'université qui risque d'être difficile...!

Puis nous passerons 6 heures à écouter -sans broncher- la réunion du "Parlement mapuche".
Avant l'arrivée des conquistadors espagnols, ce parlement, géré par les lonkos et ouvert à tous (Hommes, femmes, enfants,...), faisait partie intégrante de l'organisation de la société ; afin de débatre des conflits et problèmes au sein des communautés.
Le dernier parlement fut disloqué en 1907, durant les tueries de la "pacification de l'Auraucanie".
En 2007, il revoit le jour dans la petite commune de Panguipuilli, et bien que n'étant toujours pas reconnu par l'état, il permet aux différentes personnes des communautés envirronantes, de venir parler de leurs problèmes entre communautés, et avec les municipalités...
L'exercice de concentration étant de la plus haute difficulté, nous retiendrons surout les thèmes abordés : proposition de collaboration avec un musée voulant faire une partie "culture mapuche", problèmes de ditribution d'eau dans une communauté avec l'implanation d'un "camping et cabañas", conflit de succession des champs avec un frère, partenariat avec le pays basque pour acquerir des méthodes dans la sauvegarde et le développement de la langue,....

Entre deux réunions, nous passons voir les amis : éleveurs de lombrics pour humus, ou projets de tourisme altenatif, tout le monde à la langue bien pendue, et nous, à la fin de la journée, les oreilles qui refusent de nous transmettre la traduction des propos!!!

Brefff, petite conclusion de ce long article : beaucoup de projets, optimisme, espoirs... Des jeunes aussi qui se bougent... Mais tout de même, ces personnes nous semblent être minoritaires, car beaucoup ont l'air de vivre leur situation plus passivement et sans avoir forcément conscience des injustices dont ils sont parfois victimes. (Voilà, ça c'est fait, une belle conclusion avec une petite ouverture pour ne pas perdre les bonnes vieilles habitudes!!)

dimanche 3 avril 2011

Temuco

(Avis : d'autres photos plus pertinentes viendront plus tard)

18h : Grosse ville en pleine effervescence, chaleur de plomb ...Nous sommes dans un des 6 terminals (on dit des terminaux?) de bus, un peu perdues...

"Allo Christian? Nous sommes arrivées ! 
-Ne bougez pas, je viens vous chercher, ma maison est la votre et vous allez vous sentir comme chez vous..."

C'est ainsi que nous retrouvons Christian, le jeune étudiant que nous avons rencontré a Coyhaique. Sa famille nous accueille pour quelques temps ; mapuches sans terres, ses parents ont mené une existence difficile où travailler pour nourrir et élever dignement leur 3 fils leur permettait à peine de joindre les 2 bouts. Petits vendeurs à la sauvette, ils partaient des journées entières, dormant parfois dans la rue, laissant leurs enfants seuls à la maison, pour revenir avec de quoi manger. A force de travail et de sacrifices, ils ont pu quitter leur minuscule "piaule" en taule prétée par la ville pour contruire eux-mêmes leur maison actuelle, qui fut améliorée au fil des années. Aujourd'hui, bien que très modeste, leur maison est loin de suggérer un parcours si difficile.
" La vie est dure ici", telle fut la première phrase de Narcisso, le père, 62 ans, qui continue a vendre montres, peignes et autres bricoles dans la rue afin de prendre en charge la nourriture. N'ayant bien sur pas de retraite, l'eau, l'éléctricité et le gaz sont payés par 2 de leurs fils qui vivent encore à la maison : Carlos, 36 ans, chauffeur de colectivo ( ces petits taxis collectifs si répandus ici) ; Chritian, 28 ans, combine études et travail pour financer ces dernières. 
" Ma vie n'est pas facile, on ne vit de pas grand chose mais on arrive encore à partager, à recevoir des gens ; et c'est cela qui me rend heureuse aujourd'hui. "
Nous aurons passé beaucoup de temps à parler avec Magdallena, la maman, vive, rigolotte est tellement interéssée malgrès son cancer de la peau et ses nombreux problèmes de santé qui l'empêchent de sortir de chez elle. Elevée dans sa communauté, dans sa famille exploitée par un "gringos" ( nom donné aux colons), elle a passé toute son enfance et toute sa jeunesse à travailler dans les champs. Sachant à peine lire, elle n'a jamais pu faire d'études et s'est mariée très tôt, quittant sa communauté avec qui elle entretenait des relations difficiles. Ayant adopté un mode de vie similaire à leurs propriétaires Gringos, sa famille était déjà mal vue par le reste de la communauté. Leurs cochons étaient parqués et nourris, leurs champs bien entretenus et cultivés de manière productive;  les autres familles de la communauté, quant à elles, laissaient leurs bêtes en liberté, n'avaient pas de chanps bien organisés, ne travaillant que le necéssaire pour pouvoir vivre. En cela, Magdallena les trouvait paresseux, voire irresponsables...
A la base de la culture mapuche, c'est la Terre mère qui fournit à l'Homme tout ce dont il a besoin. Les notions de rentabilité, de profit et de productivité n'existent pas et ce n'est qu'après l'arrivée de conquistadors españols que l'argent commence a régulariser les échanges. Le travail, s'il n'est pas nécessaire, n'a pas lieu d'être...c'est pour cette raison que les mapuches seraient considérés comme fainéants...?
Cette "paresse" ne ferait-elle pas simplement partie de leur culture, n'ayant pas la necessité de produire plus que leurs besoins pour être heureux? 
Cependant, Magdallena se rapelle des enfants de sa communauté qui allaient manger des oeufs d'oiseux crus et des échallotes sauvages pour combler leur faim; des champs à l'abandon où ne poussaient que des ronces; de leurs cochons affamés qui venaient dérober la nourriture des leurs...Mais tout cela encore, culturel, ou, comme elle le pense," manque de civilité"??
Elle garde aussi un goût amer d'un manque de solidarité, voire d'un égoisme de la part des membres de sa communauté, qui preferaient troquer leurs terres à des Gringos plûtot que de les donner à leurs semblables.
Mais ce tableau négatif qu'elle nous dépeint des Mapuches est réservé à ses ancetres, puisqu'elle nous dit qu'aujourd'hui les mapuches ont changés, se sont organisés et civilisés. Est-ce là une marque de perte de leur culture et de progressive assimilation ? 

Tout en nous parlant de son enfance, elle nous sert du maté dans un pamplemousse ( exquis!!!) que nous essayerons ensuite de préparer nous mêmes avec une maladresse qui fera bien rire tout le monde. Et quand elle ne fait pas mijoter de délicieuses petites soupes, elle suit avec amusement les séries passionnantes et déchirantes qui passent à la télé en fin d'après-midi.
De vraies imbécilités : on rit bêtement, on est absorbées et on regarde ça avec un interet quelque peu ironique. On souffre avec Ruben qui pleure , et ces animateurs atroces qui lui demandent pourquoi il décide de quitter le jeu, et cette petite musique de fond gnan-gnan au possible qui donne envie de pleurer à tout le monde alors que c'est juste que Ruben quitte le jeu, quoi...Et cette Barbarita, cette peste de Doña Barbara qui est amoureuse du beau docteur Santos alors qu'elle lui vole des terres et qu'elle tue tout le monde... Et Oscar, le ténébreux amant de .....on ne sait plus qui...qui s'est fait kidnapper par les hommes de la méchante qui veut empecher son mariage a tout prix...Enfin, vous voyez bien le genre, quoi. Ils adorent tous, ici....
( Preuve de notre progression en español : on commence a comprendre les séries!! )

Au passage, Christian nous fera connaitre sa bande d'amis, tous supers ouverts et interéssés, certains engagés et militants de la lutte sociale avec lesquels nous assisterons à la reunion de leur association étudiante (qui eut d'ailleurs plus des allures de fete que de reunion studieuse!).

L'ambiance de l'université nous manquant cruellement, il se sent obligé de nous emmener avec lui à la fac. Essayant de nous dissimuler parmi les groupes de première année, nous voilà avec la meme boule au ventre que si nous faisions notre rentrée : c'est graaand, on est perduuues, y'a pleins de gennnns... "Oui, oui, on est là en échange scolaire, hé hé !!"


Devenues accros à "Doña Barbara", nous établissons notre camp de base chez Christian, pouvant ainsi nous délester de quelques affaires entre nos différentes escapades !

mercredi 23 mars 2011

Des volcans, des lacs, des savoyardes...

... Petit Intermède ; On aime bien aussi ces pauses plus touristiques, plus légères, où on profite de la nature et de notre folle jeunesse...!!

Il était une fois...petit ours brun. Euhh, non.
Il était une fois...une lointaine contrée peuplée de "brujos" (sorciers maléfiques utilisant l'énergie psychotronique pour arriver à leurs fins), d'esprits en tout genre, de mapuches, de volcans, de thermes, de lacs somptueux et de nombreux touristes... Juanita et Maria (nos nouveaux prénons adaptés aux coutumes locales : c'est vrai que Elouisssssse c'est difficile a dire pour un chilien), deux demoiselles en quête d'aventure et de découvertes, débraquent en ce lieu dit magique, esperant elles aussi trouver le trésor et délivrer la princesse au haricot.
Mhhh...armées de chaussures d'alpi et de sacs a dos faisant office de carapace protectrice, elles consultent le sage du village pour récolter quelques informations concernant la conquête du volcan sacré, où se trouve prisonnière la dite princesse. Accompagnées d'une troupe de vassaults de tous pays, elles s'attaquent donc à l'ascension dangeureuse et engagée du mythique volcan Villarica. Déjouant les nombreux pièges semés par le dragon Bétafeu, comme des trous au niveau des fesses du pantalon de Juanita ou des mirages de beaux jeunes hommes venant déconcentrer nos heroines, la troupe avance et bientôt, atteint le cratère. Il fume, l'air est suffocant, nos héroines ont du mal à voir et à respirer...

Princesse ouhouuu, où êtes vouuus ? Bééééé, je suis là repond la chèvre...
La chèvre ??? Surprise génerale, la princesse était en fait une chèvre.. Hum ça fera un bon mechoui à la descente !!! La descente, parlons en justement ; Nos princesses, oups désolées, nos heroines ayant quelque peu les genoux delicats, desendront sur les fesses : de toute façon, c'est la coutume ici. Avant le mechoui, le bobsleigh! YIHAAAAA !!!


Le mechoui eu plutôt un goût d'avocat, voire de chocolat ou d'empanada (ha ha ha) , mais fut succulent (ha).

Après un gros Tuto (=dodo) , les voila de nouveaux sur pattes, à la recherche des mille-pattes, dans le Parc National de Huerkewe(-atte).

Les mille-pattes, etant euuh, malheureusement-euuh, en hibernation dans cette-euuuh, zonneuuh, et periodeuuuh de l'année... Je dirai même plus, qu'on y vut que du feu ! Du feu de dieu ; Et sinon, des lacs somptueux et des arbres TRES TRES GRANDS !
(comme ça!)


Les jambettes sont tûtes fatiguées, alors rien de mieux pour terminer que de se prélasser dans un bon petit bain à 35 degrès... sous une lune ENOOORME et un ciel étoilé...  

Voilà voilà, sinon les p`tites se sont aussi payées un petit tour en 4x4 avec une armée de motards (en stop, quoi) à travers la cordillère...
En passant la cordillière ("y'a de la neige, y'a de la neigeeuh" -souvenirs des talents de chanteuse d'Eloise à 10 ans), on passe la frontière...
Mais juste la ligne, hein! Parce que nous on a un peu peur des argentins, avec leur accent terrifiant et leur maté toujours au bec...On fait 1/2 tour 10 min après sous le nez des douaniers amusés. Voilà, ça c'est la méthode pour renouveler les visas !!

Ouch... Bah voila, en relisant cet article, on se dit vraiment que c'est catastrophique...on vous promet, le prochain sera plus sérieux! Mais d'un coté c'est aussi une part de nous ça, être toutes bêbetes, rigoler et craquer avant de reprendre nos discussions plus profondes et nos questions existentielles...

mardi 15 mars 2011

Chez Manuel

Ancue, communauté mapuche à quelques kilomètres de Temuco.
C'est ici que vit Manuel, seul, avec ses 40 moutons, ses 8 vaches, ses 3 chiens, son cheval, son chat, et un bon nombre d'araignées !
Manuel, nous l'avions rencontré une première fois en France, alors qu'il était venu faire une déposition de plainte à l' ONU à Genève. En effet, une décharge installée en amont de la rivière qui alimente sa communauté destabillisait celle ci en polluant l'eau et en mettant en péril l'équilibre de l'environnement.

Nous le retrouvons donc à Temuco ; il nous attend pour faire les courses avec nous : il a l'air un peu inquiet de savoir comment ça va se passer, peut-être se demande-t-il si nous sommes habituées à beaucoup de luxe et de confort... Il faut dire que nous aussi, on a un peu d'appréhension : ne va-t-on pas être une charge pour lui ? Va-t-on pouvoir l'aider ? Ne va-t-on pas faire de nouvelles "boulettes" comme chez Carlos et Marta ? Il vit seul, comment va se passer la relation avec lui... ?
Sur le chemin qui mène à sa communauté, il nous avise un peu : " Vous savez, chez moi, c'est très modeste, rustique, il n'y a pas trop de commodités...  Vous connaissez un peu la vie des champs ? Vous avez un jardin ?"

En effet, la maison de Manuel est très simple : un toit, quatre murs, une table et quelques meubles ; ah oui, et puis une radio aussi, qu'il écoute tout le temps. Les toilettes, au fond du jardin, et la douche, sous le saule pleureur avec un bidon d'eau chauffée au soleil durant la journée. On a trouvé ça très bucolique, cette douche, ce cadre magique et naturel, ce saule qui faisait office de rideau de feuilles, soufflant quelques poèmes inspirés...
Quelques jours, de longues discussions et moultes blagounettes plus tard, nous voilà tous trois rassurés : ça va coller !

Manuel est quelqu'un de très simple et de très humble. Il nous a parut ouvert et curieux, tolérant et sensible ; nous nous sentons vite à l'aise avec lui. Le rire facile et à la fois très cultivé, nous enchaînons fous rires et discussions très profondes, mais toujours avec cette tranquilité et ce calme qui l'habitent ; Et des moments de silence, de ces moments rares où chacun est bien, sans ressentir ce maladif besoin de combler le vide en parlant.
Ce silence, cette écoute des sons et du monde, nous l'avons peut-être un peu perdu dans nos sociétés stressées et bruyantes. Dans la campagne, "il n'y a pas de bruits, seulement des sons".
 Si nous parlions beaucoup, nous passerons également beaucoup de temps en silence, mais d'un silence jamais pesant, jamais gêné, plutôt reposant...  laissant le temps d'être en relation avec l'autre, ou de se perdre dans ses pensées pour revenir plus présent et attentif à l'autre... Des petits temps de réflexion pour mieux continuer la discussion...

Manuel, comme la plupart des familles de sa communauté, travaille beaucoup et vit de ses betes, de son potager, troquant maïs contre confiture ou courgettes contre "meshken" (une preparation a base de piment qui accompage tous ses plats !!) aux voisins de la communauté.

Cette vie solitaire, d'un point de vue extérieur, peut paraître rude, triste et difficile, et pourtant c'est pour lui un choix, une manière de vivre qui le comble et le rend heureux. Il nous parlera de cette vie simple et rustique loin de l'effervescence de la ville, en accord avec la nature avec laquelle il se sent connecté. En effet, au-delà de la beauté qu'elle représente pour la plupart des gens, pour Manuel elle est plus que cela : elle lui procure un état de "plénitude", comme une force qui l'accomplit et lui donne le sentiment d'être complet, de ne manquer de rien. C'est peut-être aussi en cela qu'il peut trouver goût à cette vie où il se sent libre, sans confort ni plaisir materiel : " Si je ne prenais pas de plaisir à faire les travaux même difficiles, ma vie serait insupportable ".

A l'image de sa manière de vivre, la "ruka" (maison) qu'il consrtuit depuis 2 ans est très simple et rustique : tout en bois, avec seulement deux pièces, un poêle au centre, le sol en "adobe" (mélange de paille, terre et eau). Toute construite de ses mains, sa petite maison n'avance pas bien vite : il profite donc de l'aide des voisins et des amis de passage.
Nous l'aiderons d'ailleurs à tamiser la terre qui servira à l'adobe.

De même, nous l'accompagnons pour rentrer les bêtes le soir, en tâchant de déjouer les plans d'attaque des vaches intolérantes à l'entrée d'étrangères dans leur pré, nettoyons la bergerie, ramassons (et mangeons!) des tas de mûres et faisons de la confiture. Manuel ne se permet pas de prendre du temps pour faire la cuisine :nous lui rendrons donc ce service, tentant de satisfaire au mieux ses papilles par des gratins aux courgettes ou tartes de nos inventions suivant la récolte du potager...
A notre avantage, la qualité des bons produits frais et sains rattrapent nos maigres talents de cuisinières : maïs tendres ou lait tout droit sorti du pis d'la vache... ET les inévitabes accompagnateurs de saveurs : Le señor "meshken" pour le salé, et la señorita "harina tostada" (farine grillée) pour le sucré.

Manuel nous emmène chez ses voisins dans le champ d'à côté. Dans la cour se côtoient chiens, chats, poules, cochons, dindons, canards, oncles, amis et enfants, en un joyeux bazard caquetant et bruyant. Dans une petite maison "bringuebalante" vit Sandra et sa famille.
(ci dessous, le Rewe, sorte de totem sacré indiquant la présence d'une Machi )
Sandra est machi (pour pépé Jean, la machi c'est le chef spirituel et guérisseur de la communauté). Il y a deux ans, alors qu'elle était très malade, elle est allée voir une machi qui lui a révélé que c'était là le signe qu'elle devait être à son tour machi. En acceptant et en accomplissant ce rôle, elle s'en est sortie et aujourd'hui, c'est elle qui recoit les malades de la communuaté et d'ailleurs.
 La machi est aussi une autoritré importante dans la communauté : elle peut orienter les décisions et c'est elle qui guide les cérémonies religieuses telles que le Guillatun ou le Machitun.
Cependant, on ne devient pas machi comme on devient docteur : pas d'études fastidieuses ou d'examens ; c'est une aptitude que l'on peut déceler dès l'enfance chez des personnes très sensibles, parfois malades ou qui ont la capacité de faire des rêves prémonitoires ou de choses passées. Une fois cette attitude décelée, le futur machi se voit pris en charge par un autre machi qui lui transmet une part de son savoir (nottament en ce qui concerne les prières, le déroulement des cérémonies... )Le reste est un apprentissage personnel qu'il experimentera par les rêves et les sensations : selon Sandra, le diagnostic des malades, le choix des plantes médicinales et la préparation des remèdes sont des choses innées, qu'elle sent, en elle, qu' elle sait, sans savoir comment.

Le genou d'Eloïse restant defenitivement incurable à nos medecins occidentaux, elle ira se présenter à la salle d'attente le jour des consultations. Une prière vers le ciel en mapudugun, un instant de silence en tenant dans ses mains un flacon rempli de l'urine du malade, la machi révèle ensuite tout ce qu'elle ressent du fonctionnement de la personne et lui concoctera un remède personnalisé à base de plantes (sorte de tisane).

Pour l'instant, les effets ne sont pas fulgurants, esperons que la volonté du "Chao Nguenchen" (Dieu mapuche) soit favorable à cette guérison...!!!  Peut-être aura-t-elle droit à l'étape supérieure : le machitun durant lequel Sandra entre en transe. Elle nous explique : lorsqu'elle accede à cet état, elle entre en relation avec une force supérieure qui lui procure une énergie incroyable et lui permet de trouver la raison de la maladie. Elle est accompagnée par un assistant dont le rôle est de restranscire les parole de la machi en transe ; car une fois sortie de cet état, elle ne se souvient plus de rien...

La suite de ces trépidantes révélations dans le prochain article !

jeudi 24 février 2011

L'île de Chiloé

A 20 minutes en bateau du continent, apparaît l'île de Chiloé, assez pauvre et rurale, enveloppée dans sa brume et sa pluie caracteristiques. 

De par sa mythologie bien particulière, ses traditions encore bien ancrées, nous sentons le peuple chilote fier et détaché du Chili, comme il l'a été géographiquement jusqu'au début du 20ème siècle.

Les palofitos, maisons typiques
en bois de cyprès

Les Chonos furent les premiers habitants de l'île. Puis ils furent repoussés sur l'archipel d'Aysen, un peu plus au sud, lorsque les Mapuches les envahirent par le Nord. Aujourd'hui, des communautés de mapuches-williches sont encore présentes, surtout dans le sud de l'île. Mais leur équilibre, tout comme l'équilibre écologique de l'île, est menacé par les élevages intensifs de saumons et de coquillages qui supplantent progressivement la pêche traditionnelle. En passant en bus près d'une usine a poissons qui dégage une odeur nauséabonde, on repense a ce représentant mapuche venu déposer une plainte au siège de l'ONU à Genève : une usine norvegienne d'alimentation de poissons polluait -et pollue encore certainement- par ses rejets les cours d'eau et l'ensemble du territoire de sa communauté...

D'autre part, le tourisme s'est beaucoup développé depuis les années 1990, mais il nous a semblé que ces communautés étaient plûtot bien intégrées à cette activité : certaines participent à la gestion de campings dans des parcs naturels (comme dans le parc national de Chiloé), d'autres ont mis en place des centres de santé alliant différentes médecines (indigènes, traditionnelles, plantes,...) ou s'organisent en associations pour vendre de l'artisanat...
La culture Mapuche nous a parut valorisée et de nombreux organismes contribuent à fortifier l'identité Mapuche ; de plus, en papotant avec une voisine de bus, nous avons appris que de nombreuses familles aux ascendances mapuches revenaient vivre dans leur communauté. D'après elle, ils sont encouragés et aidés pour cela... Par qui ? Sont-ils nombreux ? A suivre...

Notre attention a été retenue par ce centre de santé, à l'initiative du " Consejo de caciques" (conseil des chefs), qui a pour objectif de promouvoir la medecine mapuche, tout en incorporant d'autres savoirs... (plantes médicinales, énergies, ...) Ils ont crée un atelier-laboratoire pour préparer des médicaments avec les plantes de l'île, offrent des consultations, et sensibilisent les williches -et les chilotes- à cette pratique ancestrale pour qu'elle perdure.
Selon le "Consejo de caciques" :
" Notre santé est liée a l'équilibre de la Mapu Ñuke ( la Terre mère).
Nous faisons partie de la Nature : en ayant connaissance de la Terre mère, nous avons aussi connaissance de notre propre organisme.
De même que notre peuple se préoccupe de récupérer et de conserver ses droits territoriaux, il sent aussi comme un droit fondamental celui de proteger la santé de tous les Williches (mapuches) et de mettre à profit ses connaissances au reste de l'Humanité.
La préservation et la protection de sa santé ne depend pas seulement des médicaments mais aussi de la protection de la Nature. C'est par la Mère Nature que nous devons passer pour trouver les remèdes, les forces ou energies qui nous permettent d'être en harmonie, et c'est pour cela qu'il est important de protéger notre environnement. "


Après ces petites infos quelques peu journalistiques (navrées pour les copines friandes de potins ^^), aux dernières nouvelles :
Nous quittons enfin l'île mystérieuse,
Sur le bord de la route, deux autostoppeuses,
Un rien poisseuses mais fort heureuses !
Le ventre rempli d'un bon curanto*,
Les yeux, de la nature vierge du parc naturel de Cucao,
Le coeur, gonflé de rencontres innatendues,
Les jambes, cassées par le poids de Poudou et Kulfu,     -nos sacs à dos respectifs-
Nous reprenons la route : Huu Huuu !
* Le gargantuesque plat typique, à base de moules, et autres fruits de mer, viande, saucisse, patates... cuit à la vapeur à même la terre dans un trou.

Une remorque de camion, 20 kms, 15 autostoppeurs !!!

Le curanto : allez, maintenant il s'agit d'avoir le ventre aussi gros que les yeux !!!


vendredi 18 février 2011

Les rencontres font le voyage !!

C'est donc vrai...à nous de saisir les opportunités qu'il nous offre. A nous de sentir et de savoir reconnaitre les signes qui viennent se poser sur notre chemin, et qui peuvent donner a notre voyage une saveur différente. Oser la rencontre, choisir de se dévier de sa route toute tracée, accepter de refaire ses plans tout en gardant une pointe de sagesse et de prudence. C'est peut etre aussi cela le voyage : se laisser glisser au hasard des rencontres, avoir confiance, savoir accueillir l'imprevu...Et c'est ce qu'il nous reste de plus beau, parfois : des rencontres, des expériences et des instants hors du temps, du plannifié et du prévu. Magie du voyage....

Sol Domínguez
Les belles paroles de Paulo Coelho en tête ( L'Alchimiste), nous laissons pour un moment notre sérieux programme de découverte de l'île de Chiloé (histoire, indiens, ...) pour rejoindre notre joyeuse troupe de musiciens un peu plus au Nord. Nous sommes logés chez Pancho et Ketty, un petit couple de vieux sympathiques et blagueurs avec qui nous parlons histoire, politique, littérature...D'emblée, ils nous accueillent comme leur propres filles : nous sommes touchées par tant de chaleur et de simplicité. Ils ne vivent de pas grand chose mais pour eux le partage paraît être une évidence. Cela fait poser des questions sur notre manière d'accueillir l'inconnu chez nous.
Comme convenu, nous revêtons notre blouse d'assistantes pour distribuer des flyers dans la rue, faire les lumières et vendre des cds durant le concert.

David, un des musiciens, nous apprend que sa fille Nayen est Mapuche et qu'elle fête ses 18 ans le lendemain. Heureux hasards, sa communauté est conviée à un Guillatun (cérémonie mapuche) le même jour. Nous parlons de notre projet, et spontanément David nous propose de l'accompagner dans la communauté et de participer à la cérémonie. 
Nous saisissons cette nouvelle opportunité et décollons le lendemain pour Osorno.
De là, nous prendrons un "micro" (petit bus urbain) qui s'enfoncera dans la campagne et ses routes cabossées à une allure terrifiante !
Les fesses serrées, nous traverserons durant 3h une campagne verdoyante où se perdent quelques fermes appartenant à des communautés mapuches. La nuit tombe ; le bus s'arrête parfois dans des endroits improbables, laissant monter à son bord des familles entières, des hommes portant guitares et accordéons, des femmes coifées de foulard colorés et soyeux, bébés dans les bras, des enfants tout sourires... Tous vêtus de ponchos de laine, de chapeaux et de bijoux traditionnels, ils saluent joyeusement l'équipage : " Mari mari", "mari mari" ! (Bonjour!!, en mapudugun, langue mapuche)
Tous entassés, criant en coeur à chaque soubressaut ou virage un peu serré, nous filons dans la nuit noire. On ne réalise pas trop ce qui nous arrive... Magie...

Le bus s'arrête enfin. On ne voit rien et on suit, muettes, le flot d'invités qui se dirige vers le champ où se déroule le Guillatun. Au son du Kultrün qui résonne dans le silence de la nuit, nous présentons nos offrandes à la Machi, le chef spirituel... (riz, féves, huile, pain, etc.)
Une pincée de farine sur le feu, agenouillées, une prière récitée vers le Ciel, nous immitons les autres, tentant de nous fondre dans la masse, ne comprenant pas tout à ce rituel de bienvenue mais se laissant porter par le mystique du moment. Un discours de bienvenue en mapudugun de la part de la communauté organisatrice...
(Les communautés de la région sont regroupées, et chaque année, une d'entre elle se charge d'organiser le Guillatun : les autres sont donc des communautés invitées.)
Puis commencent les danses ; elles se succéderont jusqu'au lendemain soir : toute la nuit et tout le jour, nous danserons autour de la "cabane" de feuilles des Machis.

En cercle, les hommes d'un côté et les femmes de l'autre puis tous ensemble, on avançe à petits pas cadencés au rythme des guitares. Puis la musique s'arrête ; on se regoupe pour prier tour à tour le soleil, le ciel, la terre, les astres, la Nature... Une parole en Mapudugun prononcée par le guide de la danse que l'on répète en coeur. Un coup de trompette et nous voilà repartis... Inlassablement, on répète cette même chorégraphie pour permettre à l'esprit de penser, de prier, et nous le supposons, d'entrer en relation avec les esprits...
Tombant de fatigue, nous irons nous coucher au milieu de la nuit, bercées par la musique entêtante.
Vers 6h du matin, au lever du soleil, les rythmes s'accélèrent : c'est le Machitún qui commence.
Les trois Machis entrent en transe pour communiquer avec les esprits : ils expulsent du corps des malades les mauvais esprits responsables des pathologies et rétablissent ainsi l'équilibre entre le Bien et le Mal, équilibre qui constitue l'homme en bonne santé.
Mais nous ne verrons de ce Machitún que quelques images depuis l'entrebaillement de l'entrée de la tente, les yeux embués de sommeil...
La journée du lendemain se déroule de la même manière : danses, danses, pause, danses, repas, danses, ...
Un groupe de femmes cuisine dans la ruka les trois agneaux sacrifiés au petit matin. Elle assureront à tous les convives, des délicieux repas - après un rituel bien précis-, du maté, et du moudaï (boisson à base de blé fermenté).
Vous ne pouvez imaginer combien il est difficile de vous décrire ce que nous avons vécu, d'autant plus que nous n'avons comme seuls témoins les souvenirs de nos sens... Il était en effet impensable de sortir un appareil photo ou une caméra dans le précieux de ces instants d'un autre monde ; fragile atmosphère d'un autre temps.
C'est peut-être là, la seule ressemblance avec le premier Guillatun que nous avons vécu avec Carlos et Marta. Pour le reste, tout fut totalement différent : la configuration, la danse, la musique... De plus ce Guillatun nous a parut moins strict, moins fermé : nous avons pu rire et parler avec les gens, la Machi nous a même remercié d'être venues et d'avoir participé. Avec Carlos et Marta, nous n'avons été autorisées à venir qu'un moment, durant lequel nous cherchions plus à nous dissimuler, un peu mal à l'aise...
Après le rituel d'adieux, chaque communauté effectue un petit discours de bilan et de remerciements : on comprend que le Guillatun permet de créer une cohésion et de resserer les liens entre les communautés ; de pouvoir transmettre aux jeunes générations les savoirs et la culture ( En effet, nous avons été surprises de la participation très active des enfants durant toute la cérémonie et du jeune âge de deux des Machis : 17 et 19 ans) ; et tout simplement de faire vivre et de faire perdurer leur religiosité et leur culture.

Cette expérience fut magique... mais ce voyage EST magique !!!

-- Pour egayer cet article, nous avons pris quelques photos sur internet qui ressemblent un peu à ce que nous avons pu voir... --

jeudi 10 février 2011

En remontant le Chili...

Nous décidons de rentrer de notre séjour en Patagonie par la carretera austral. Nous quittons la pampa Argentine et la mythique route 40 (dont nous cherchons bien le mythique!!) pour les montagnes et lacs somptueux qui jallonnent le côté chilien.

Coyhaique
Nous nous retrouvons bloquées à Coyhaique - plus de bus avant 10 jours et des bateaux hors de prix-, le temps de se dire qu'on est un peu dans la galère, de se demander si on continue en stop toutes seules, nous rencontrons par hasard dans la rue deux clowns qui vendent des fleurs en ballon.
Ce sont des étudiants de Temuco qui se payent ainsi leurs vacances. On se voit proposer le poste d'assistante à leur côté et grâce à nous, leur butin est triplé !!!
En partageant celui-ci autour d'une bebida - LE soda chilien- et quelques gâteaux, nous apprenons qu'ils sont d'origine mapuche, et que, si ils s'en sont longtemps peu soucié, aujourd'hui ils aimeraient revenir à leur culture, en savoir plus sur leurs ancêtres, leurs traditions.
Ils font partie de groupes de jeunes militants, qui mènent des actions à but social, soutiennent des mouvements de grève, organisent des manifestations, diffusent les informations "censurées"...
"Liberté aux prisonniers politiques mapuches"
Par exemple, ils ont soutenu les détenus mapuches en grève de la faim pour réclamer l'abolition de la loi anti-terroriste qui leur est appliquée. Par le biais de la diffusion de journaux et tracts, d'organisation d'événements culturels et artistiques, ces groupes tentent de sensibiliser les autres jeunes aux difficultés sociales que rencontre leur pays : mapuches, mais aussi ouvriers, enfants des quartiers défavorisés, exclusion sociale, etc.
Au vue de nos nombreuses questions et de notre intérêt pour ses activités, ils nous ont  proposé de les retrouver à Temuco.
Nous irons donc découvrir tout ceci très prochainement...
 
   -- Heureux hasards du voyage --


Lundi 7 février, 9h. Agence Navierra Austral, transports maritimes.
Nous pensons quitter Coyhaique en bateau pour rejoindre l'île de Chiloé. L'hôtesse, qui a l'air vraiment niaise, nous affirme que la seule solution est un bateau de croisière, dont le prix exorbitant mettrait à mal notre budget pain-moutarde (repas d'économie en tant de crise !).
Pourtant, nos amis de Temuco nous ont assuré qu'un bateau de locaux faisait la même traversée pour moitié prix.
" - Vous êtes sûre qu'il n'y a rien d'autre ?
  - Non, désolée. (souire niais)
  - Mais vous êtes vraiment sûre ? On nous a parlé du bateau "Alejandrina" qui dessert tous les petits ports locaux...
  - Non désolée. (sourire niais)
  - Mais si, des amis l'ont pris... On ne pourrait pas appeler le port pour se renseigner ? (début de la fin de la patience)
  - Non, désolée (sourire niais) "
Quelque peu dépitées, nous tentons tout de même de nous rendre au port de Puerto Chacabuco, afin de confirmer l'impression que vraiment, cette hôtesse était niaise ...

Nos amis de Temuco qui apparemment ont eu la même impression, sont de la partie.
3 heures plus tard et les billets d' "Alejandrina" en poche, le budget sauvegardé (chouette, on va pouvoir s'acheter du chocolat !), nous embarquons pour 36h de bateau à travers îles et fjords du nord de la Patagonie.



Le temps est radieux, les paysages sont magnifiques : petits ports de pêcheurs patagons, montagnes qui semblent sortir tout droit du fond de l'eau, couchers de soleil, et pinguins qui nous suivent en nageant...

 Bon, nous ne parlerons pas de l'état et de la propreté du bateau, mais l'ambiance est sympa :

Sol Dominguez -ex-soliste du groupe "sol y media noche", très fameux au Chili-, est aussi à bord avec ses deux musiciens. Ils profitent de la soirée pour jouer gratuitement sur le pont et faire chanter l'équipage avec leur musique folklorique. Leurs deux assistants, Ignacio et Cristian (dont le principal rôle est de distribuer des flyers), curieux de nous voir manger des sandwichs à la carotte, nous accostent et vite, nous sympathisons.
Manquant de main d'oeuvre pour distribuer les flyers, nous nous voyons proposer un nouveau rôle d'assistantes pour la fin de leur tournée.
Le temps de changer de contrat de tavail, nous les retrouverons quelques jours plus tard à Ancud, au nord de l'île. Notre carrière décolle !