Matin frais, matin d'automne. (Hum, l'inspiration manque toujours en début d'article...!)
Nous sommes en route pour Lican Ray, une petite ville touristique mais qui se transforme en ville fantôme hors saison. Aujourd'hui, nous avons rendez-vous avec Francisco, un contact que nous a donné Pedro Vasquez, ami de l'association Tierra del Fuego de Chambéry.

Francisco est à l'origine de " Radio Wallon", la radio mapuche de la région, et aussi un militant-leader-mapuche, à fond dans ses convictions : défense des droits de son peuple, reconnaisance et promotion de la culture... Francisco, c'est de ces gens qui te transmettent leur dynamisme et leur passion, leur énergie et leurs espoirs ; qui dégagent tant de convictions et d'optimisme qu'on en ressort avec qu'une envie : s'engager, être actif et croire que les grandes choses commencent toujours par les petits changements. Bref, Francisco, c'est un vrai !
Parmi ses nombreux projets : Radio Wallon, où on y parle mapudugun (langue mapuche), dont le but est de renforcer l'usage de cette langue qui se perd de nos jours, de créer un certain lien entre les communautés, et de pouvoir partager les idéaux, valeurs et cosmovision mapuches.
Autre initiative : la construction d'un centre de santé, qui allierait médecine traditionnelle mapuche et médecine moderne. En ce sens, un partenariat a été mis en place avec une université de Cuba : chaque année, quelques places sont accordées à des jeunes mapuches, qui peuvent ainsi se former en médecine. L'objectif est que ces jeunes reviennent ensuite exercer dans les communautés, en complément de la médecine traditionnelle (des machis).
Du côté de l'éducation, le projet serait d'ouvrir une "école Mapuche" où s'enseignerait les bases de la culture (langue, cosmovision, histoire,...) et, plus largement, l'idée serait que le mapudugun devienne une option possible dans toutes les écoles et collèges de la région. Un collège est déjà en expérimentation et des accords ont été passés avec certaines municipalités mais le manque de professeurs reste encore un obstacle à la concrétisation de ce projet, tout comme le manque de ressources, qui ralentit l'aboutissement de la plupart de ces actions...
Des idées fusent aussi autour du tourisme. En effet, les villes augmentant considérablement leur population durant l'été, les fruits et les légumes (par exemple) y sont importés pour répondre à ces besoins. Au lieu de cela, ils aimeraient profiter de cette demande pour générer des revenus en y répondant avec leur propre production agricole.
Sans oublier l'inévitable lutte pour la récupération du territoire ancestral mapuche qui se trouve toujours -en partie- entre les mains des "forestales" (grands entreprises forestières)...
Éducation, Santé, Social, Politique, Economie, Francisco ne s'arrête plus de nous énumerer des projets possibles, des espoirs pour que son peuple soit reconnu et ses droits respéctés par l' État...
Il sort son calepin aux pages toutes gribouillées de rendez-vous, de noms et de numéros de téléphone en tous sens et s'arrête à 2 pages :
" Si vous voulez, vous pouvez m'accompagner pendant ces 2 jours : j'ai une réunion du parti politique et une autre prévue avec le parlement..."
¡Ya, listo! On embarque donc à ses côtés pour le suivre deux journées dans ses activités...
Nous assisterons à une réunion pour le futur parti politique mapuche : le Wallmapuwen et son slogan : "Kizungünetuafiyin Tain Wallmapu" (= Nous sommes acteurs sur notre territoire - à peu près, hein, on est pas encore bilingue en mapudugun !)
Initié en 2002, il manque encore à ce parti quelques signatures pour qu'il voie le jour mais les idées et concepts y sont déjà bien implantés.

D'une part, ce parti permettrait aux mapuches de s'impliquer d'avantage en politique car aujourd'hui ils sont marginalisés de celle-ci. D'autre part, l'un des objectif est de décentraliser le pouvoir : les décisions sont majoritairement prises à Santiago ou par des gens extérieurs ayant mois conscience des différentes réalités locales. Ce pati n'est pas conçu comme une fin en soi, mais plutôt comme un instrument, un moyen pour être acteur et participer aux décisions concernant leur territoire. Ce parti est dit "mapuche" mais reste largement ouvert aux "winkas" (= non-mapuches). Il s'adresse à tous les habitants de la région afin que ceux-ci puissent exprimer leur opinions et défendre leurs intérêts et leurs droits... La région est en effet aux prises de grandes firmes multinationales, de "forestales" ou de centrales hydroéléctriques...
Durant 4 heures, nous prendrons studieusement des notes, bon exercice de concentration en prévision de notre prochaine rentrée à l'université qui risque d'être difficile...!
Puis nous passerons 6 heures à écouter -sans broncher- la réunion du "Parlement mapuche".
Avant l'arrivée des conquistadors espagnols, ce parlement, géré par les lonkos et ouvert à tous (Hommes, femmes, enfants,...), faisait partie intégrante de l'organisation de la société ; afin de débatre des conflits et problèmes au sein des communautés.
Le dernier parlement fut disloqué en 1907, durant les tueries de la "pacification de l'Auraucanie".
En 2007, il revoit le jour dans la petite commune de Panguipuilli, et bien que n'étant toujours pas reconnu par l'état, il permet aux différentes personnes des communautés envirronantes, de venir parler de leurs problèmes entre communautés, et avec les municipalités...
L'exercice de concentration étant de la plus haute difficulté, nous retiendrons surout les thèmes abordés : proposition de collaboration avec un musée voulant faire une partie "culture mapuche", problèmes de ditribution d'eau dans une communauté avec l'implanation d'un "camping et cabañas", conflit de succession des champs avec un frère, partenariat avec le pays basque pour acquerir des méthodes dans la sauvegarde et le développement de la langue,....
Entre deux réunions, nous passons voir les amis : éleveurs de lombrics pour humus, ou projets de tourisme altenatif, tout le monde à la langue bien pendue, et nous, à la fin de la journée, les oreilles qui refusent de nous transmettre la traduction des propos!!!
Brefff, petite conclusion de ce long article : beaucoup de projets, optimisme, espoirs... Des jeunes aussi qui se bougent... Mais tout de même, ces personnes nous semblent être minoritaires, car beaucoup ont l'air de vivre leur situation plus passivement et sans avoir forcément conscience des injustices dont ils sont parfois victimes. (Voilà, ça c'est fait, une belle conclusion avec une petite ouverture pour ne pas perdre les bonnes vieilles habitudes!!)