jeudi 5 mai 2011

LLoncao les dunes, première semaine

Par Pedro Vasquez, nous avons pu entrer en contact avec un réseau d'organisations, associations et communautés mapuches de la 8ème région du Bío-Bío, entre Cañete et Concepcíon.
C'est par ce biais que nous atterrissons à Lloncao, zone côtière où vivent agriculteurs, pêcheurs, mapuches, vaches, lapins et puces.

C'est aussi ici que vit Luis, à plus de 15 min à pied de la première route accessible en voiture, entouré de dunes et de quelques restes de forêt native ; terre qu'ils ont récupéré après plus de 10 ans de lutte. Au cours de l'histoire, entre réforme agraire et contre-réforme agraire, certains mapuches se sont vus dépossédés de leurs terres ancestrales qu'ils tentent aujourd'hui de récuperer. C'est nottament un des thèmes que Luis et son réseau défendent.

restes de vases et poteries

Outre cette lutte pour la récupération de la terre, il mène un projet de mise en valeur de la culture dans la zone : en cela à été mis en place un atelier "culture mapuche" avec les enfants mapuches de l'école rurale de Lloncao, dans le but de les sensibiliser au riche patrimoine cultrurel que recèle le territoire où ils vivent. Haut lieu historique (bataille épique contre les conquistadors) et archéologique jamais étudié (nombreux restes de vases et de poteries mapuches), le territoire n'est pourtant pas assez mis en valeur, notamment au sein des mapuches eux-mêmes qui ne savent plus parler leur langue et méconnaissent parfois l'histoire de leurs ancêtres. C'est pour cela que Luis a mis en place cet atelier, afin de relancer l'intérêt des enfants pour leur culture, leur langue, leurs traditions et que ceux-ci puissent perdurer (tout comme du côté de chez Francisco, l'idée que le mapudugun soit une option possible dans toutes les écoles du territoire est défendue).

Nous sommes donc les bienvenues dans la participation de ce projet : nous, c'est à dire les 2 et "Pucha", notre fidèle caméra qui tente de retenir quelques images pour un futur petit film, car Luis souhaite également réaliser un petit reportage sur ces activités.

 
Nous accompagnons donc Luis à l'école et au musée, filmant ses "cours" de culture, répondant aux questions amusantes des enfants intrigués et jouons avec eux à la bataille de noisettes (pas de chance pour nos équipiers, nous, on a préféré les manger... les noisettes bien sûr, pas les équipiers!!).

   

Le week-end venu, les amis de la comunnauté de Chilkoko viennent collaborer à la construction de la ruka pédagogique, un autre projet de Luis... Comme nous l'avions déjà remarqué, les notions de récoprocité et de solidarité sont bien présentes dans la culture Mapuche ; ainsi, tout le monde met la main à la pâte. Les hommes clouent et scient, les femmes préparent la viande et les jeunes s'occupent d'aller chercher les jeunes demoiselles en détresse. (Petite explication: une amie française qui devait arriver se perdit tragiquement parmi les dunes et on ne la retrouva que 3 heures plus tard, saine et sauve).
Et le soir après avoir bien travaillé, petite séance chasse au lapin, à l'affut dans la nuit noire et silencieuse. Malheureusement, les lapins étaient de sortie en boîte de nuit (et non de conserve haha) ce soir là... déroutés de revenir bredouille, nous mangerons Roussette et Piquedupaindur, les 2 poulets pour lesquels Eloise venait d'éprouver une passion soudaine... La prochaine fois Elo, essayes de t'énamourer d'un âne ou mieux encore, d'un beau mapuche ;-) !!!

mercredi 4 mai 2011

Un autre mois bien chouette...

C'est parti, rattrapons notre retard!
"Si je n'étais pas parvenu à écrire grand chose, c'est qu'être heureux me prenait tout mon temps. D'ailleurs, nous ne sommes pas juges du temps perdu. " Nicolas Bouvier.
(Voilá, "Nico" nous comprend bien!)

Le temps, le temps, parlons-en du temps... Car c'est une notion bien complexe en voyage... (Voici donc quelques extraits de nos carnets de voyage, excusez d'avance les emportées lyriques de nos réflexions juvéniles.)

Déjà 5 mois de voyage, et pourtant il nous semble encore que nous partions hier... Les mois se suivent, lundi ou samedi n'ont plus beaucoup de significations (sauf le dimanche où tout est fermé et oú on se retrouve sans rien à manger...), ils sont juste là pour nous rappeller qu'un jour il va falloir rentrer.
Nous perdons la notion du temps... ou la gagnons, justement !? Deux jours de bus, ou un jour à ne rien faire, mais qu'importe, l'essentiel est de savourer chaque instant, et cela est vraiment possible lorsqu'on prend le temps... On déconnecte, on fige un instant ce terrible mécanisme qui rythme tant notre vie. On devrait pouvoir le faire toute sa vie, et pas seulement qu'en voyage; mais le voyage offre cette possibilité que notre vie quotidienne ne nous laisse pas le temps de saisir. Englués dans un quotidien qui peut nous détourner de nos passions, de nos folies, de nos rêves. Un quotidien qui nous harasse et nous éloigne parfois de ce à quoi nous aspirons vraiment, par toutes ces contraintes, ces impératifs, ce temps qui passe trop vite... Pauvres de nous: de petits pantins qui s'affairent dans tous les sens en oubliant l'essentiel, pour "gagner du temps", mais c'est lui qui nous prend de vitesse, parce qu'on oublie qu'au final on court tous vers notre mort... (Gloups)
Et puis au fait, pourquoi avoir tant disséqué le temps et si strictement? Mois, jours, heures, secondes....
Du temps ancestral des Mapuches le calendrier était celui des saisons, un peu comme aujourd'hui mais avec la grande différence de n'être pas fixe. Ainsi, le nouvel an se déroulait au début de l'hiver, quand la terre se repose, s'assainit pour mieux se préparer a renaître avec le printemps. Et si l'été durait 3 "mois" au lieu de 2, "l'année" comptait un "mois" de plus... Et celle d'après, 2 "semaines" de moins... (bien sûr, les concepts de mois et semaines n'existaient pas, c'est juste pour illustrer).
Au rythme de la nature... Un autre monde, un autre temps...
Aujourd'hui, nous sommes au rythme de la montre; mais lorsque 2 heures de maths sont une éternité et qu'on ne voit pas 6 mois passer, on se dit alors que jamais on ne pourra saisir le temps. Seulement des instants, de joie, de peine, d'emotion, de contemplation, de réflexion... A nous de les attraper, d'en profiter, et si ils sont beaux, de les conserver : oui, les extirper hors du temps, à jamais présents dans nos mémoires. Car dans la folle course du temps, quoi de plus beau que de s'en échapper : on rêve, on se souvient, on pense, et on oublie les aiguilles qui tournent, les jours qui passent, les années qui défilent, inéluctablement...

Cependant, à la seconde de la minute du jour d'aujourd'hui, et malgrés nos réflexions, nous ne pouvons oublier que nous avons un mois de racontage de voyage à rattraper, alors...au boulot!!
Ce fut un mois différent des autres, comme un nouveau voyage, mais qui, commes toujours, passa bien trop rapidement, intensément rempli de rencontres, de découvertes, d'instants souverains coulés au fond de nos mémoires où l'on ira les rechercher un jour... ( Euhh, Lisa t'as mis quoi dans le riz de ce midi??)

jeudi 14 avril 2011

*** Sans titre*** (Et pourquoi devoir mettre toujours un titre à tout ...??? des titres des titres .... ! A BAS LES TIIIITREEEEUUHHH !!!

Votre attention s'il vous plaît... (Et si ça vous plaît pas bâââ, ajoutez un peu de merken ça passera mieux, et sinon ben on peut rien faire de puces pour vous, ça gratte trop...)
Le TER numéro 17533 à destination de ce blog-même est annoncé avec un retard de ... 2 semaines environ, pour cause de travaux sur la voie.
La E&L team s'excuse pour ce désagrément : elles se trouvent en ce moment, perdues au fond de quelques campagnes mapuches, au summum de leur carrière de cinéastes... ou de patissières !
Ahaaa, vous comprenez rien, hein ?!
Mais c'est comme les épisodes de Doña Barbara, faut toujours s'arrêter avec un peu de suspense pour que la suite soit plus alléchante !!!
Allez, peükallal comme on dit ici, et que le vaya bien ...

lundi 4 avril 2011

Du côté des militants...

Matin frais, matin d'automne.     (Hum, l'inspiration manque toujours en début d'article...!)
Nous sommes en route pour Lican Ray, une petite ville touristique mais qui se transforme en ville fantôme hors saison. Aujourd'hui, nous avons rendez-vous avec Francisco, un contact que nous a donné Pedro Vasquez, ami de l'association Tierra del Fuego de Chambéry.

Francisco est à l'origine de " Radio Wallon", la radio mapuche de la région, et aussi un militant-leader-mapuche, à fond dans ses convictions : défense des droits de son peuple, reconnaisance et promotion de la culture... Francisco, c'est de ces gens qui te transmettent leur dynamisme et leur passion, leur énergie et leurs espoirs ; qui dégagent tant de convictions et d'optimisme qu'on en ressort avec qu'une envie : s'engager, être actif et croire que les grandes choses commencent toujours par les petits changements. Bref, Francisco, c'est un vrai !
Parmi ses nombreux projets : Radio Wallon, où on y parle mapudugun (langue mapuche), dont le but est de renforcer l'usage de cette langue qui se perd de nos jours, de créer un certain lien entre les communautés, et de pouvoir partager les idéaux, valeurs et cosmovision mapuches.
Autre initiative : la construction d'un centre de santé, qui allierait médecine traditionnelle mapuche et médecine moderne. En ce sens, un partenariat a été mis en place avec une université de Cuba : chaque année, quelques places sont accordées à des jeunes mapuches, qui peuvent ainsi se former en médecine. L'objectif est que ces jeunes reviennent ensuite exercer dans les communautés, en complément de la médecine traditionnelle (des machis).
Du côté de l'éducation, le projet serait d'ouvrir une "école Mapuche" où s'enseignerait les bases de la culture (langue, cosmovision, histoire,...) et, plus largement, l'idée serait que le mapudugun devienne une option possible dans toutes les écoles et collèges de la région. Un collège est déjà en expérimentation et des accords ont été passés avec certaines municipalités mais le manque de professeurs reste encore un obstacle à la concrétisation de ce projet, tout comme le manque de ressources, qui ralentit l'aboutissement de la plupart de ces actions...
Des idées fusent aussi autour du tourisme. En effet, les villes augmentant considérablement leur population durant l'été, les fruits et les légumes (par exemple) y sont importés pour répondre à ces besoins. Au lieu de cela, ils aimeraient profiter de cette demande pour générer des revenus en y répondant avec leur propre production agricole.
Sans oublier l'inévitable lutte pour la récupération du territoire ancestral mapuche qui se trouve toujours -en partie- entre les mains des "forestales" (grands entreprises forestières)...
Éducation, Santé, Social, Politique, Economie, Francisco ne s'arrête plus de nous énumerer des projets possibles, des espoirs pour que son peuple soit reconnu et ses droits respéctés par l' État...


Il sort son calepin aux pages toutes gribouillées de rendez-vous, de noms et de numéros de téléphone en tous sens et s'arrête à 2 pages :
" Si vous voulez, vous pouvez m'accompagner pendant ces 2 jours : j'ai une réunion du parti politique et une autre prévue avec le parlement..."
¡Ya, listo!  On embarque donc à ses côtés pour le suivre deux journées dans ses activités...



Nous assisterons à une réunion pour le futur parti politique mapuche : le Wallmapuwen et son slogan : "Kizungünetuafiyin Tain Wallmapu" (= Nous sommes acteurs sur notre territoire - à peu près, hein, on est pas encore bilingue en mapudugun !)
Initié en 2002, il manque encore à ce parti quelques signatures pour qu'il voie le jour mais les idées et concepts y sont déjà bien implantés.

D'une part, ce parti permettrait aux mapuches de s'impliquer d'avantage en politique car aujourd'hui ils sont marginalisés de celle-ci. D'autre part, l'un des objectif est de décentraliser le pouvoir : les décisions sont majoritairement prises à Santiago ou par des gens extérieurs ayant mois conscience des différentes réalités locales. Ce pati n'est pas conçu comme une fin en soi, mais plutôt comme un instrument, un moyen pour être acteur et participer aux décisions concernant leur territoire. Ce parti est dit "mapuche" mais reste largement ouvert aux "winkas" (= non-mapuches). Il s'adresse à tous les habitants de la région afin que ceux-ci puissent exprimer leur opinions et défendre leurs intérêts et leurs droits... La région est en effet aux prises de grandes firmes multinationales, de "forestales" ou de centrales hydroéléctriques...
Durant 4 heures, nous prendrons studieusement des notes, bon exercice de concentration en prévision de notre prochaine rentrée à l'université qui risque d'être difficile...!

Puis nous passerons 6 heures à écouter -sans broncher- la réunion du "Parlement mapuche".
Avant l'arrivée des conquistadors espagnols, ce parlement, géré par les lonkos et ouvert à tous (Hommes, femmes, enfants,...), faisait partie intégrante de l'organisation de la société ; afin de débatre des conflits et problèmes au sein des communautés.
Le dernier parlement fut disloqué en 1907, durant les tueries de la "pacification de l'Auraucanie".
En 2007, il revoit le jour dans la petite commune de Panguipuilli, et bien que n'étant toujours pas reconnu par l'état, il permet aux différentes personnes des communautés envirronantes, de venir parler de leurs problèmes entre communautés, et avec les municipalités...
L'exercice de concentration étant de la plus haute difficulté, nous retiendrons surout les thèmes abordés : proposition de collaboration avec un musée voulant faire une partie "culture mapuche", problèmes de ditribution d'eau dans une communauté avec l'implanation d'un "camping et cabañas", conflit de succession des champs avec un frère, partenariat avec le pays basque pour acquerir des méthodes dans la sauvegarde et le développement de la langue,....

Entre deux réunions, nous passons voir les amis : éleveurs de lombrics pour humus, ou projets de tourisme altenatif, tout le monde à la langue bien pendue, et nous, à la fin de la journée, les oreilles qui refusent de nous transmettre la traduction des propos!!!

Brefff, petite conclusion de ce long article : beaucoup de projets, optimisme, espoirs... Des jeunes aussi qui se bougent... Mais tout de même, ces personnes nous semblent être minoritaires, car beaucoup ont l'air de vivre leur situation plus passivement et sans avoir forcément conscience des injustices dont ils sont parfois victimes. (Voilà, ça c'est fait, une belle conclusion avec une petite ouverture pour ne pas perdre les bonnes vieilles habitudes!!)

dimanche 3 avril 2011

Temuco

(Avis : d'autres photos plus pertinentes viendront plus tard)

18h : Grosse ville en pleine effervescence, chaleur de plomb ...Nous sommes dans un des 6 terminals (on dit des terminaux?) de bus, un peu perdues...

"Allo Christian? Nous sommes arrivées ! 
-Ne bougez pas, je viens vous chercher, ma maison est la votre et vous allez vous sentir comme chez vous..."

C'est ainsi que nous retrouvons Christian, le jeune étudiant que nous avons rencontré a Coyhaique. Sa famille nous accueille pour quelques temps ; mapuches sans terres, ses parents ont mené une existence difficile où travailler pour nourrir et élever dignement leur 3 fils leur permettait à peine de joindre les 2 bouts. Petits vendeurs à la sauvette, ils partaient des journées entières, dormant parfois dans la rue, laissant leurs enfants seuls à la maison, pour revenir avec de quoi manger. A force de travail et de sacrifices, ils ont pu quitter leur minuscule "piaule" en taule prétée par la ville pour contruire eux-mêmes leur maison actuelle, qui fut améliorée au fil des années. Aujourd'hui, bien que très modeste, leur maison est loin de suggérer un parcours si difficile.
" La vie est dure ici", telle fut la première phrase de Narcisso, le père, 62 ans, qui continue a vendre montres, peignes et autres bricoles dans la rue afin de prendre en charge la nourriture. N'ayant bien sur pas de retraite, l'eau, l'éléctricité et le gaz sont payés par 2 de leurs fils qui vivent encore à la maison : Carlos, 36 ans, chauffeur de colectivo ( ces petits taxis collectifs si répandus ici) ; Chritian, 28 ans, combine études et travail pour financer ces dernières. 
" Ma vie n'est pas facile, on ne vit de pas grand chose mais on arrive encore à partager, à recevoir des gens ; et c'est cela qui me rend heureuse aujourd'hui. "
Nous aurons passé beaucoup de temps à parler avec Magdallena, la maman, vive, rigolotte est tellement interéssée malgrès son cancer de la peau et ses nombreux problèmes de santé qui l'empêchent de sortir de chez elle. Elevée dans sa communauté, dans sa famille exploitée par un "gringos" ( nom donné aux colons), elle a passé toute son enfance et toute sa jeunesse à travailler dans les champs. Sachant à peine lire, elle n'a jamais pu faire d'études et s'est mariée très tôt, quittant sa communauté avec qui elle entretenait des relations difficiles. Ayant adopté un mode de vie similaire à leurs propriétaires Gringos, sa famille était déjà mal vue par le reste de la communauté. Leurs cochons étaient parqués et nourris, leurs champs bien entretenus et cultivés de manière productive;  les autres familles de la communauté, quant à elles, laissaient leurs bêtes en liberté, n'avaient pas de chanps bien organisés, ne travaillant que le necéssaire pour pouvoir vivre. En cela, Magdallena les trouvait paresseux, voire irresponsables...
A la base de la culture mapuche, c'est la Terre mère qui fournit à l'Homme tout ce dont il a besoin. Les notions de rentabilité, de profit et de productivité n'existent pas et ce n'est qu'après l'arrivée de conquistadors españols que l'argent commence a régulariser les échanges. Le travail, s'il n'est pas nécessaire, n'a pas lieu d'être...c'est pour cette raison que les mapuches seraient considérés comme fainéants...?
Cette "paresse" ne ferait-elle pas simplement partie de leur culture, n'ayant pas la necessité de produire plus que leurs besoins pour être heureux? 
Cependant, Magdallena se rapelle des enfants de sa communauté qui allaient manger des oeufs d'oiseux crus et des échallotes sauvages pour combler leur faim; des champs à l'abandon où ne poussaient que des ronces; de leurs cochons affamés qui venaient dérober la nourriture des leurs...Mais tout cela encore, culturel, ou, comme elle le pense," manque de civilité"??
Elle garde aussi un goût amer d'un manque de solidarité, voire d'un égoisme de la part des membres de sa communauté, qui preferaient troquer leurs terres à des Gringos plûtot que de les donner à leurs semblables.
Mais ce tableau négatif qu'elle nous dépeint des Mapuches est réservé à ses ancetres, puisqu'elle nous dit qu'aujourd'hui les mapuches ont changés, se sont organisés et civilisés. Est-ce là une marque de perte de leur culture et de progressive assimilation ? 

Tout en nous parlant de son enfance, elle nous sert du maté dans un pamplemousse ( exquis!!!) que nous essayerons ensuite de préparer nous mêmes avec une maladresse qui fera bien rire tout le monde. Et quand elle ne fait pas mijoter de délicieuses petites soupes, elle suit avec amusement les séries passionnantes et déchirantes qui passent à la télé en fin d'après-midi.
De vraies imbécilités : on rit bêtement, on est absorbées et on regarde ça avec un interet quelque peu ironique. On souffre avec Ruben qui pleure , et ces animateurs atroces qui lui demandent pourquoi il décide de quitter le jeu, et cette petite musique de fond gnan-gnan au possible qui donne envie de pleurer à tout le monde alors que c'est juste que Ruben quitte le jeu, quoi...Et cette Barbarita, cette peste de Doña Barbara qui est amoureuse du beau docteur Santos alors qu'elle lui vole des terres et qu'elle tue tout le monde... Et Oscar, le ténébreux amant de .....on ne sait plus qui...qui s'est fait kidnapper par les hommes de la méchante qui veut empecher son mariage a tout prix...Enfin, vous voyez bien le genre, quoi. Ils adorent tous, ici....
( Preuve de notre progression en español : on commence a comprendre les séries!! )

Au passage, Christian nous fera connaitre sa bande d'amis, tous supers ouverts et interéssés, certains engagés et militants de la lutte sociale avec lesquels nous assisterons à la reunion de leur association étudiante (qui eut d'ailleurs plus des allures de fete que de reunion studieuse!).

L'ambiance de l'université nous manquant cruellement, il se sent obligé de nous emmener avec lui à la fac. Essayant de nous dissimuler parmi les groupes de première année, nous voilà avec la meme boule au ventre que si nous faisions notre rentrée : c'est graaand, on est perduuues, y'a pleins de gennnns... "Oui, oui, on est là en échange scolaire, hé hé !!"


Devenues accros à "Doña Barbara", nous établissons notre camp de base chez Christian, pouvant ainsi nous délester de quelques affaires entre nos différentes escapades !

mercredi 23 mars 2011

Des volcans, des lacs, des savoyardes...

... Petit Intermède ; On aime bien aussi ces pauses plus touristiques, plus légères, où on profite de la nature et de notre folle jeunesse...!!

Il était une fois...petit ours brun. Euhh, non.
Il était une fois...une lointaine contrée peuplée de "brujos" (sorciers maléfiques utilisant l'énergie psychotronique pour arriver à leurs fins), d'esprits en tout genre, de mapuches, de volcans, de thermes, de lacs somptueux et de nombreux touristes... Juanita et Maria (nos nouveaux prénons adaptés aux coutumes locales : c'est vrai que Elouisssssse c'est difficile a dire pour un chilien), deux demoiselles en quête d'aventure et de découvertes, débraquent en ce lieu dit magique, esperant elles aussi trouver le trésor et délivrer la princesse au haricot.
Mhhh...armées de chaussures d'alpi et de sacs a dos faisant office de carapace protectrice, elles consultent le sage du village pour récolter quelques informations concernant la conquête du volcan sacré, où se trouve prisonnière la dite princesse. Accompagnées d'une troupe de vassaults de tous pays, elles s'attaquent donc à l'ascension dangeureuse et engagée du mythique volcan Villarica. Déjouant les nombreux pièges semés par le dragon Bétafeu, comme des trous au niveau des fesses du pantalon de Juanita ou des mirages de beaux jeunes hommes venant déconcentrer nos heroines, la troupe avance et bientôt, atteint le cratère. Il fume, l'air est suffocant, nos héroines ont du mal à voir et à respirer...

Princesse ouhouuu, où êtes vouuus ? Bééééé, je suis là repond la chèvre...
La chèvre ??? Surprise génerale, la princesse était en fait une chèvre.. Hum ça fera un bon mechoui à la descente !!! La descente, parlons en justement ; Nos princesses, oups désolées, nos heroines ayant quelque peu les genoux delicats, desendront sur les fesses : de toute façon, c'est la coutume ici. Avant le mechoui, le bobsleigh! YIHAAAAA !!!


Le mechoui eu plutôt un goût d'avocat, voire de chocolat ou d'empanada (ha ha ha) , mais fut succulent (ha).

Après un gros Tuto (=dodo) , les voila de nouveaux sur pattes, à la recherche des mille-pattes, dans le Parc National de Huerkewe(-atte).

Les mille-pattes, etant euuh, malheureusement-euuh, en hibernation dans cette-euuuh, zonneuuh, et periodeuuuh de l'année... Je dirai même plus, qu'on y vut que du feu ! Du feu de dieu ; Et sinon, des lacs somptueux et des arbres TRES TRES GRANDS !
(comme ça!)


Les jambettes sont tûtes fatiguées, alors rien de mieux pour terminer que de se prélasser dans un bon petit bain à 35 degrès... sous une lune ENOOORME et un ciel étoilé...  

Voilà voilà, sinon les p`tites se sont aussi payées un petit tour en 4x4 avec une armée de motards (en stop, quoi) à travers la cordillère...
En passant la cordillière ("y'a de la neige, y'a de la neigeeuh" -souvenirs des talents de chanteuse d'Eloise à 10 ans), on passe la frontière...
Mais juste la ligne, hein! Parce que nous on a un peu peur des argentins, avec leur accent terrifiant et leur maté toujours au bec...On fait 1/2 tour 10 min après sous le nez des douaniers amusés. Voilà, ça c'est la méthode pour renouveler les visas !!

Ouch... Bah voila, en relisant cet article, on se dit vraiment que c'est catastrophique...on vous promet, le prochain sera plus sérieux! Mais d'un coté c'est aussi une part de nous ça, être toutes bêbetes, rigoler et craquer avant de reprendre nos discussions plus profondes et nos questions existentielles...

mardi 15 mars 2011

Chez Manuel

Ancue, communauté mapuche à quelques kilomètres de Temuco.
C'est ici que vit Manuel, seul, avec ses 40 moutons, ses 8 vaches, ses 3 chiens, son cheval, son chat, et un bon nombre d'araignées !
Manuel, nous l'avions rencontré une première fois en France, alors qu'il était venu faire une déposition de plainte à l' ONU à Genève. En effet, une décharge installée en amont de la rivière qui alimente sa communauté destabillisait celle ci en polluant l'eau et en mettant en péril l'équilibre de l'environnement.

Nous le retrouvons donc à Temuco ; il nous attend pour faire les courses avec nous : il a l'air un peu inquiet de savoir comment ça va se passer, peut-être se demande-t-il si nous sommes habituées à beaucoup de luxe et de confort... Il faut dire que nous aussi, on a un peu d'appréhension : ne va-t-on pas être une charge pour lui ? Va-t-on pouvoir l'aider ? Ne va-t-on pas faire de nouvelles "boulettes" comme chez Carlos et Marta ? Il vit seul, comment va se passer la relation avec lui... ?
Sur le chemin qui mène à sa communauté, il nous avise un peu : " Vous savez, chez moi, c'est très modeste, rustique, il n'y a pas trop de commodités...  Vous connaissez un peu la vie des champs ? Vous avez un jardin ?"

En effet, la maison de Manuel est très simple : un toit, quatre murs, une table et quelques meubles ; ah oui, et puis une radio aussi, qu'il écoute tout le temps. Les toilettes, au fond du jardin, et la douche, sous le saule pleureur avec un bidon d'eau chauffée au soleil durant la journée. On a trouvé ça très bucolique, cette douche, ce cadre magique et naturel, ce saule qui faisait office de rideau de feuilles, soufflant quelques poèmes inspirés...
Quelques jours, de longues discussions et moultes blagounettes plus tard, nous voilà tous trois rassurés : ça va coller !

Manuel est quelqu'un de très simple et de très humble. Il nous a parut ouvert et curieux, tolérant et sensible ; nous nous sentons vite à l'aise avec lui. Le rire facile et à la fois très cultivé, nous enchaînons fous rires et discussions très profondes, mais toujours avec cette tranquilité et ce calme qui l'habitent ; Et des moments de silence, de ces moments rares où chacun est bien, sans ressentir ce maladif besoin de combler le vide en parlant.
Ce silence, cette écoute des sons et du monde, nous l'avons peut-être un peu perdu dans nos sociétés stressées et bruyantes. Dans la campagne, "il n'y a pas de bruits, seulement des sons".
 Si nous parlions beaucoup, nous passerons également beaucoup de temps en silence, mais d'un silence jamais pesant, jamais gêné, plutôt reposant...  laissant le temps d'être en relation avec l'autre, ou de se perdre dans ses pensées pour revenir plus présent et attentif à l'autre... Des petits temps de réflexion pour mieux continuer la discussion...

Manuel, comme la plupart des familles de sa communauté, travaille beaucoup et vit de ses betes, de son potager, troquant maïs contre confiture ou courgettes contre "meshken" (une preparation a base de piment qui accompage tous ses plats !!) aux voisins de la communauté.

Cette vie solitaire, d'un point de vue extérieur, peut paraître rude, triste et difficile, et pourtant c'est pour lui un choix, une manière de vivre qui le comble et le rend heureux. Il nous parlera de cette vie simple et rustique loin de l'effervescence de la ville, en accord avec la nature avec laquelle il se sent connecté. En effet, au-delà de la beauté qu'elle représente pour la plupart des gens, pour Manuel elle est plus que cela : elle lui procure un état de "plénitude", comme une force qui l'accomplit et lui donne le sentiment d'être complet, de ne manquer de rien. C'est peut-être aussi en cela qu'il peut trouver goût à cette vie où il se sent libre, sans confort ni plaisir materiel : " Si je ne prenais pas de plaisir à faire les travaux même difficiles, ma vie serait insupportable ".

A l'image de sa manière de vivre, la "ruka" (maison) qu'il consrtuit depuis 2 ans est très simple et rustique : tout en bois, avec seulement deux pièces, un poêle au centre, le sol en "adobe" (mélange de paille, terre et eau). Toute construite de ses mains, sa petite maison n'avance pas bien vite : il profite donc de l'aide des voisins et des amis de passage.
Nous l'aiderons d'ailleurs à tamiser la terre qui servira à l'adobe.

De même, nous l'accompagnons pour rentrer les bêtes le soir, en tâchant de déjouer les plans d'attaque des vaches intolérantes à l'entrée d'étrangères dans leur pré, nettoyons la bergerie, ramassons (et mangeons!) des tas de mûres et faisons de la confiture. Manuel ne se permet pas de prendre du temps pour faire la cuisine :nous lui rendrons donc ce service, tentant de satisfaire au mieux ses papilles par des gratins aux courgettes ou tartes de nos inventions suivant la récolte du potager...
A notre avantage, la qualité des bons produits frais et sains rattrapent nos maigres talents de cuisinières : maïs tendres ou lait tout droit sorti du pis d'la vache... ET les inévitabes accompagnateurs de saveurs : Le señor "meshken" pour le salé, et la señorita "harina tostada" (farine grillée) pour le sucré.

Manuel nous emmène chez ses voisins dans le champ d'à côté. Dans la cour se côtoient chiens, chats, poules, cochons, dindons, canards, oncles, amis et enfants, en un joyeux bazard caquetant et bruyant. Dans une petite maison "bringuebalante" vit Sandra et sa famille.
(ci dessous, le Rewe, sorte de totem sacré indiquant la présence d'une Machi )
Sandra est machi (pour pépé Jean, la machi c'est le chef spirituel et guérisseur de la communauté). Il y a deux ans, alors qu'elle était très malade, elle est allée voir une machi qui lui a révélé que c'était là le signe qu'elle devait être à son tour machi. En acceptant et en accomplissant ce rôle, elle s'en est sortie et aujourd'hui, c'est elle qui recoit les malades de la communuaté et d'ailleurs.
 La machi est aussi une autoritré importante dans la communauté : elle peut orienter les décisions et c'est elle qui guide les cérémonies religieuses telles que le Guillatun ou le Machitun.
Cependant, on ne devient pas machi comme on devient docteur : pas d'études fastidieuses ou d'examens ; c'est une aptitude que l'on peut déceler dès l'enfance chez des personnes très sensibles, parfois malades ou qui ont la capacité de faire des rêves prémonitoires ou de choses passées. Une fois cette attitude décelée, le futur machi se voit pris en charge par un autre machi qui lui transmet une part de son savoir (nottament en ce qui concerne les prières, le déroulement des cérémonies... )Le reste est un apprentissage personnel qu'il experimentera par les rêves et les sensations : selon Sandra, le diagnostic des malades, le choix des plantes médicinales et la préparation des remèdes sont des choses innées, qu'elle sent, en elle, qu' elle sait, sans savoir comment.

Le genou d'Eloïse restant defenitivement incurable à nos medecins occidentaux, elle ira se présenter à la salle d'attente le jour des consultations. Une prière vers le ciel en mapudugun, un instant de silence en tenant dans ses mains un flacon rempli de l'urine du malade, la machi révèle ensuite tout ce qu'elle ressent du fonctionnement de la personne et lui concoctera un remède personnalisé à base de plantes (sorte de tisane).

Pour l'instant, les effets ne sont pas fulgurants, esperons que la volonté du "Chao Nguenchen" (Dieu mapuche) soit favorable à cette guérison...!!!  Peut-être aura-t-elle droit à l'étape supérieure : le machitun durant lequel Sandra entre en transe. Elle nous explique : lorsqu'elle accede à cet état, elle entre en relation avec une force supérieure qui lui procure une énergie incroyable et lui permet de trouver la raison de la maladie. Elle est accompagnée par un assistant dont le rôle est de restranscire les parole de la machi en transe ; car une fois sortie de cet état, elle ne se souvient plus de rien...

La suite de ces trépidantes révélations dans le prochain article !