Nous avons envie d'une petite escapade dans le nord pour découvrir ses étendues sèches et désertiques, de revenir faire nos adieux à nos amis de Villa Alemana, ainsi qu'à ceux de Temuco, d'aller rencontrer les jeunes de l'association Punto Corazon à Valparaiso, et... Voici que nous nous faisons inviter à la cerémonie de replantation du totem sacré, le Rewe, par les familles du Fundo Chilkoko. Dilemme, trilemme, quadrilemme je dirais même : qu'allons nous faire?? Tout, voyons! Les nuits de bus ne sont désormais plus un obstacle à l'organisation -ou plûtot, à la désorganisation- et nous voila reparties pour quelques petits aller-retours à travers le pays !!!
3 jours par ci, 3 jours par là, nous faisons nos adieux *bouhhh les adieux...les aurevoirs dirons nous, puisque nous avons promis de revenir dans 5 ans...*
Nous retiendrons cette belle journée passée en compagnie de Punto Corazon, association catholique qui fonctionne grâce à l'investissement de jeunes volontaires qui viennent vivre un an ou deux au cœur de quartiers particulièrement défavorisés au service des plus délaissés, tout spécialement les enfants. Nous avons été particulièrement touchées par l'esprit de Punto Corazon, qui privilegie l'échange, l'amitié entre êtres humains, auprès des exclus et avec ceux qui n'interressent personne, plutôt que l'aide materielle ou financière. De notre humble point de vue, nous pensons que trop nombreux sont les organismes humanitaires qui négligent cette partie de soutien moral, de réelle relation, qui peut être une aide aussi voire plus importante que l'aide financière... L'idée de cet organisme est de répandre une « culture de compassion », qui remette l’homme au centre de toute préoccupation, non seulement dans les bidonvilles mais aussi dans le domaine des sciences, de l’économie, de l’art, de la politique, etc...
Un autre regard que nous posons donc sur la ville touristique de Valparaiso... Loin des échoppes de souvenirs et des restaurants branchés, nous passons rendre visiste aux "amis de Punto Corazon", des familles dont nous apprenons des parcours parfois terribles, entre drogue, alcool, viols, violence et pauvreté... Journée forte émotionnellement et humainement : nous sommes admiratives du courage et de la foi avec lesquels ces jeunes accomplissent leur mission, comme ils disent...Bon. Tout ce tsoin tsoin pour dire que nous revenons a Arauco avec joie et sans puces pour la céremonie de replantation du Rewe.
Comme nous l'avons déjà expliqué dans l'article "Arauco", les familles du Fundo Chilkoko ont obtenu de l'entreprise Bosque Arauco la permission de replanter ce totem de bois en forme d'échelle (ou parfois constitué de branche de Canelo, l'arbre sacré) qui sert de connexion entre la Machi et le monde des esprits, et ceci de manière définitive.
Vendredi, 15h30 : toutes les femmes de la famille s'activent. Olga fait cuire les dizaines de cuisses de poulets, Maria et Isabel font frire les Sopaipillas (beignets de pain), Sandra s'affaire au "Katuto" (sorte de pain cru de blé entier moulu)... Il faut prévoir de nourrir les nombreux invités de la communauté.
Samedi, tôt le matin : les hommes chargent les camionettes (tables, chaises, bombonnes de gaz, grosses marmittes, instruments de musique et couvertures...) puis nous nous entassons tous à l'arrière en direction du Fundo Chilkoko. Ah... Mais voilà que nous nous retrouvons bloqués à l'entrée : les barrières sont bien cadenassées et l'entreprise a "oublié" de donner les clés... Alors que nous participons à l'installation du coin cuisine, au feu et à couper les patates pour la soupe, avant l'arrivée des invités, Juan et Gaston s'en vont les recevoir à Llico. C'est là que le Rewe avait été jeté par les gardes forestiers de l'entreprise : avant de le replanter, les mapuches lafkenche (lafken = eaux, mer et che = gens) iront le présenter à la mer et le mouiller de ses eaux...
Après une assiette de casuela, quelques fruits de mer, et une bonne dose de sopaipillas et de katuto au miel, le jeu de Palin commence....
Nous rentrons fourbues, presque indigestionnées de sopaipillas, mais tellement heureuses d'avoir eu la chance de participer de nouveau à une cérémonie.
Au cours de celle-ci, nous avons d'ailleurs pu converser avec d'autres communautés de la région, qui elles-aussi, sont confrontées à ces problèmes de récupération de leur territoire et en particulier de sites sacrés, qui sont occupés par l'Etat (carabineros=police), les entreprises multinationales, ou aussi par des particuliers...
Cette replantation définitive du Rewe semble bien être un premier pas dans la lutte avec l'entreprise Bosque Arauco... Mais au vue de la monstrueuse importance de la forestale, on peut se demander jusqu'où cette dernière ouvrira le dialogue ; Et pour les autres communautés, arriveront-elles également à faire entendre leurs droits et à récupérer leur patrimoine...???
On revient dans 5 ans pour répondre à toutes ces questions ; en attendant, il nous faut faire nos au revoir à tout le monde. Emotions, larmes, c'est une deuxième famille que l'on quitte à Arauco...
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