jeudi 5 mai 2011

Auraco, pour continuer

C'est à Arauco que nous passerons les deux dernières semaines du mois d'avril. Accueillies par la famille de Juan et Olga, nous y passerons des moments forts et humains, et repartirons émues, quelques peu révoltées et le coeur rempli d'une douce chaleur.
C'est fou comme on peut s'attacher aux gens, parfois. Peut-être est-ce le voyage qui nous rend plus sensibles, plus récéptives et plus ouvertes, plus fragiles aussi... Peut-être est-ce parce que nous sommes là, seules, entières et ouvertes à l'Autre, animées d'une profonde et dévorante envie, celle de partager et d'échanger, surpassant la barrière de la culture et de la langue pour communiquer avec celle du coeur.

Bon, fini le lyrisme, on s'explique : la famille Antileo (composée des 6 enfants et des familles de ces derniers) est l'une des 3 familles mapuches ayant été expropriée de ses terres, comme la famille Lincopi. Isabel, la grand mère, petite femme à l'énergie débordante et à l'humour vif et piquant, n'a pourtant pas toujours été comme cela. Petite, elle a vécu dans le "Fundo Chilkoko" avant d'en être expulsée, physiquement, elle et sa famille. Tentant de s'intégrer à la ville et de s'assimiler, voire de se dissimuler pour éviter rascisme et discriminations, ils ont passé de longues années dans la honte de leurs origines en essayant de vivre dignement et de combattre une grande pauvreté. Aujourd'hui, les mentalités ont évoluées et, au-delà d'être fière de ses origines, la famille Antileo s'organise et lutte pour récupérer son territoire et ses nombreux sites sacrés, pour dénoncer les dégâts écologiques causés par les rejets dans la mer de l'usine de cellulose voisine, pour enfin occuper une place dans l'organisation et l'aménagement du territoire.

Concrètement, ils ont occupé inégalement le territoire en question pour engager le conflit et le débat ( ils furent d'ailleurs presque tous arrêtés par la police), organisent de nombreuses manifestations et réunions avec les entreprises forestales et s'immiscent dans celles des municipalités. D'autre part, ils tentent de faire valoir le patrimoine culturel mapuche au sein de la ville en développant un projet de centre culturel mapuche avec restaurant, artisanat, info et conférences...
Il y a quelques mois (avec les 2 autres familles du fundo Chilkoko), ils ont obtenu de Bosque arauco la permission de réaliser la cérémonie du jeu de Palín sur le site sacré de la laguna. A cette occasion, ils ont planté un Rewe, totem de bois en forme d'échelle (ou parfois constitué de branche de Canelo, l'arbre sacré), qui sert de connexion entre la Machi et le monde des esprits. La cérémonie terminée, ils ont délibérement laissé le Rewe planté, témoin de leur place sur ce territoire et de la détérmination avec laquelle ils comptent le  récuperer. Ne faisant pas partie des accords passés avec Bosque arauco, ces derniers vinrent et déplantèrent le Rewe pour le jeter devant la maison du Lonko Don Luis Lincopi... Scandale dans la communauté, profanation, mais également un bon moyen pour faire parler de la situation et réengager le débat avec l'entreprise ! (En découlera entre autres, la réunion à laquelle nous assisterons - voir article "Llico"-) A la fin du mois, après de longues négociations avec l'entreprise, le Rewe va être replanté de manière définitive cette fois-ci, premier pas vers la récupération de leurs sites sacrés ..?

             ...Rewe...                   

Bon, après ce rapport détaillé en mode journalistes ( L'Arauco Libéré, bonsoir!), voici quelques pages de vie et d'anecdotes un peu plus croustillantes. Nous passerons donc 10 jours chez Juan et Olga et leurs splendides, magnifiques...que dis-je, leurs forts sympathiques fils, Felipe, Juan-Alejandro et Matías, respectivement 26, 25 et 19 ans. L'ambiance familiale est bien chaleureuse et nous rigolons beaucoup ; les garçons sont fiers de nous exiber à leurs amis intrigués, dans cette ville si célèbre et hautement touristique qu'est Auraco (ironie bien sur) ; Parce que oui, ici encore, les gens se retournent sur notre passage (attention au poteauuuuuuuuuu!!)  et nous sifflent dans la rue, ce qui provoquera de grands éclats de rire chez Olga et une mauvaise habitude pour notre part...C'est vrai qu'en France, françaises parmi français, on est pas trop tape l'oeil!

Séance romantique : cavalcade à cheval parmi les fleurs des champs (digne de Doña Barbara) avec Felipe et Matías. Eh oui, Lisa, quelque peu angoissée à l'idée de chevaucher un tel animal, se retrouve contrainte de monter derrière Felipe ...Zuut alors!




Séance mécanique : visite du "taller de vulcanizacion" ( garage- atelier de soudure et autres trucs compliqués) de Juan&fils, oú nous tenterons de nous intéresser au fonctionnement des appareils ...en vain ( Le soir venu, Matías viendra offir à Eloise un dictionnaire de mécanique en español....elle en rêve encore).

Et le dimanche (c'est le jour du mariage!) ou plûtot celui des murtillas, ces petites baies sauvages qui constituaient l'une des cueillettes importantes des mapuches. Direction le Fundo Chilkoko: nous nous entassons dans les voitures,les paniers remplis de sopaipillas (beignets de pain) et de fromage frais sur les genoux, les jeunes, les vieux, les voisins, les chiens, les puces (décidément adoptées!)...Tous aux murtillas!!

Le chemin fut chaotique et semé d'embauches : nous pousserons les voitures, couperons un arbre tombé en travers de la route, nous perdrons un peu et reviendront au point de départ, pour au final s'arrêter et partager un bon repas en rigolant de la situation mais toujours sans la moindre trace de murtillas. On nous explique que les plantations de pins et d'eucalyptus ont détruits tous les écosystèmes natifs existants ; il faut donc aller chercher toujours plus loin les murtillas...Et ce dimanche, nous reviendront fourbus, heureux mais sans murtillas...!
Nous nous rattraperons en mangeant chataîgnes, fruits de mer et poissons frits tant bien mijotés par Olga.
Nous faisons nos adieux, mais gardons nos larmes pour plus tard, car nous allons certainement revenir pour la replantation du Rewe et le jeu de Palin à la Laguna de Chilkoko ( voir aussi article LLico).
A bientot, donc!

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