jeudi 5 mai 2011

Auraco, pour continuer

C'est à Arauco que nous passerons les deux dernières semaines du mois d'avril. Accueillies par la famille de Juan et Olga, nous y passerons des moments forts et humains, et repartirons émues, quelques peu révoltées et le coeur rempli d'une douce chaleur.
C'est fou comme on peut s'attacher aux gens, parfois. Peut-être est-ce le voyage qui nous rend plus sensibles, plus récéptives et plus ouvertes, plus fragiles aussi... Peut-être est-ce parce que nous sommes là, seules, entières et ouvertes à l'Autre, animées d'une profonde et dévorante envie, celle de partager et d'échanger, surpassant la barrière de la culture et de la langue pour communiquer avec celle du coeur.

Bon, fini le lyrisme, on s'explique : la famille Antileo (composée des 6 enfants et des familles de ces derniers) est l'une des 3 familles mapuches ayant été expropriée de ses terres, comme la famille Lincopi. Isabel, la grand mère, petite femme à l'énergie débordante et à l'humour vif et piquant, n'a pourtant pas toujours été comme cela. Petite, elle a vécu dans le "Fundo Chilkoko" avant d'en être expulsée, physiquement, elle et sa famille. Tentant de s'intégrer à la ville et de s'assimiler, voire de se dissimuler pour éviter rascisme et discriminations, ils ont passé de longues années dans la honte de leurs origines en essayant de vivre dignement et de combattre une grande pauvreté. Aujourd'hui, les mentalités ont évoluées et, au-delà d'être fière de ses origines, la famille Antileo s'organise et lutte pour récupérer son territoire et ses nombreux sites sacrés, pour dénoncer les dégâts écologiques causés par les rejets dans la mer de l'usine de cellulose voisine, pour enfin occuper une place dans l'organisation et l'aménagement du territoire.

Concrètement, ils ont occupé inégalement le territoire en question pour engager le conflit et le débat ( ils furent d'ailleurs presque tous arrêtés par la police), organisent de nombreuses manifestations et réunions avec les entreprises forestales et s'immiscent dans celles des municipalités. D'autre part, ils tentent de faire valoir le patrimoine culturel mapuche au sein de la ville en développant un projet de centre culturel mapuche avec restaurant, artisanat, info et conférences...
Il y a quelques mois (avec les 2 autres familles du fundo Chilkoko), ils ont obtenu de Bosque arauco la permission de réaliser la cérémonie du jeu de Palín sur le site sacré de la laguna. A cette occasion, ils ont planté un Rewe, totem de bois en forme d'échelle (ou parfois constitué de branche de Canelo, l'arbre sacré), qui sert de connexion entre la Machi et le monde des esprits. La cérémonie terminée, ils ont délibérement laissé le Rewe planté, témoin de leur place sur ce territoire et de la détérmination avec laquelle ils comptent le  récuperer. Ne faisant pas partie des accords passés avec Bosque arauco, ces derniers vinrent et déplantèrent le Rewe pour le jeter devant la maison du Lonko Don Luis Lincopi... Scandale dans la communauté, profanation, mais également un bon moyen pour faire parler de la situation et réengager le débat avec l'entreprise ! (En découlera entre autres, la réunion à laquelle nous assisterons - voir article "Llico"-) A la fin du mois, après de longues négociations avec l'entreprise, le Rewe va être replanté de manière définitive cette fois-ci, premier pas vers la récupération de leurs sites sacrés ..?

             ...Rewe...                   

Bon, après ce rapport détaillé en mode journalistes ( L'Arauco Libéré, bonsoir!), voici quelques pages de vie et d'anecdotes un peu plus croustillantes. Nous passerons donc 10 jours chez Juan et Olga et leurs splendides, magnifiques...que dis-je, leurs forts sympathiques fils, Felipe, Juan-Alejandro et Matías, respectivement 26, 25 et 19 ans. L'ambiance familiale est bien chaleureuse et nous rigolons beaucoup ; les garçons sont fiers de nous exiber à leurs amis intrigués, dans cette ville si célèbre et hautement touristique qu'est Auraco (ironie bien sur) ; Parce que oui, ici encore, les gens se retournent sur notre passage (attention au poteauuuuuuuuuu!!)  et nous sifflent dans la rue, ce qui provoquera de grands éclats de rire chez Olga et une mauvaise habitude pour notre part...C'est vrai qu'en France, françaises parmi français, on est pas trop tape l'oeil!

Séance romantique : cavalcade à cheval parmi les fleurs des champs (digne de Doña Barbara) avec Felipe et Matías. Eh oui, Lisa, quelque peu angoissée à l'idée de chevaucher un tel animal, se retrouve contrainte de monter derrière Felipe ...Zuut alors!




Séance mécanique : visite du "taller de vulcanizacion" ( garage- atelier de soudure et autres trucs compliqués) de Juan&fils, oú nous tenterons de nous intéresser au fonctionnement des appareils ...en vain ( Le soir venu, Matías viendra offir à Eloise un dictionnaire de mécanique en español....elle en rêve encore).

Et le dimanche (c'est le jour du mariage!) ou plûtot celui des murtillas, ces petites baies sauvages qui constituaient l'une des cueillettes importantes des mapuches. Direction le Fundo Chilkoko: nous nous entassons dans les voitures,les paniers remplis de sopaipillas (beignets de pain) et de fromage frais sur les genoux, les jeunes, les vieux, les voisins, les chiens, les puces (décidément adoptées!)...Tous aux murtillas!!

Le chemin fut chaotique et semé d'embauches : nous pousserons les voitures, couperons un arbre tombé en travers de la route, nous perdrons un peu et reviendront au point de départ, pour au final s'arrêter et partager un bon repas en rigolant de la situation mais toujours sans la moindre trace de murtillas. On nous explique que les plantations de pins et d'eucalyptus ont détruits tous les écosystèmes natifs existants ; il faut donc aller chercher toujours plus loin les murtillas...Et ce dimanche, nous reviendront fourbus, heureux mais sans murtillas...!
Nous nous rattraperons en mangeant chataîgnes, fruits de mer et poissons frits tant bien mijotés par Olga.
Nous faisons nos adieux, mais gardons nos larmes pour plus tard, car nous allons certainement revenir pour la replantation du Rewe et le jeu de Palin à la Laguna de Chilkoko ( voir aussi article LLico).
A bientot, donc!

Llico pour la suite

Le jour des 19 ans d'Eloise, nous quittons la campagne reculée de Lloncao las dunas pour se rendre à Llico.
(Au passage, faute de gâteau, nous ferons une folie de chocolat : le pack-cantine de barres super8, quelques tablettes et des petits n'oeufs de Pâcques : ¡Feliz Cumpleaños!)

Llico est un tout petit village en bord de mer qui a beaucoup souffert du tremblement de terre de février 2010 ainsi que du tsunami qui le suivit : tous les restaurants et un bon nombre de maisons proches de la côte furent détruits, laissant de nombreuses familles s'entasser dans de petites bicoques de substitution. Aujourd'hui encore, certaines familles restent sans moyen pour reconstruire une maison et continuent de vivre dans ces "aldea". L'activité économique a été également complétement boulversée par cette catastrophe naturelle, surélevant la plage et provoquant la disparition de nombreux fruits de mer. Nombres de pêcheurs furent obligés d'aller chercher du travail dans les villes voisines, ne pouvant plus vivre de la récolte des algues et des fruits de mer.

Llico n'est pas un lieu à touristes, ou du mois pas à touristes françaises : pendant la haute saison, au coeur de l'été, des chiliens de Santiago ou de Concepcion s'aventurent parfois dans la contrée... Mais deux petites blondes, c'est du jamais vu !! Autant dire qu'on ne passe pas inaperçues, on dirait même des bêtes de foire un peu rares...
Qu'est-ce qu'elles font là ces 2 "gringas" ? C'est vrai ça, qu'est-ce qu'on fait à Llico ?
Et bien, on a été invitées par le Lonko (le chef) de la communauté mapuche de LLico, Don Luis Lincopi. (photo ci-contre)

Et pourquoi ? Un peu de patience, voici l'histoire : Au delà de Llico, s'étend ce qu'on appelle le "Fundo Chilkoko" : vue d'avion ou vue de pietons, on y voit que des pins, des pins bien alignés et de tout côté. C'est une plantation de Bosque Arauco, puissante entreprise forestière qui exploite des milliers d'hectares de pins et d'eucalyptus dans la région. Petit à petit la forêt native disparaît et les ecosystèmes se trouvent boulversés, générant de nombreux problèmes environnementaux. Par exemple, les eucalyptus monopolisent toutes les ressources en eau au détriment du reste de la végétation, qui, en disparaissant, boulverse également les petites activités économiques de cueillettes, de pêche et de chasse...
L'autre problème, c'est qu'ancestralement le fundo chilkoko appartenanit à 3 familles mapuches et que leur territoire fut usurpé par un voisin Gringo (dans la culture orale mapuche, les papiers certifiant l'appartenance à ces territoires étaient inexistants), qui en fit don à l'Université de Concepcion (l'Etat) qui la vendit à Bosque Arauco (l'entreprise forestière). Bref, sombre et complexe histoire...

Aujourd'hui, ces trois familles (nouvelles générations comprises) se retrouvent sans terres et vivent dans les petites villes environnantes. Ensemble, elles aimeraient récupérer le "fundo Chilkoko" et en premier lieu ses sites sacrés. Il y en a plus de 32 parmi lesquels se trouvent le Treng-treng (colline sacrée qui de par sa situation et sa hauteur, permet de voir l'horizon et le cercle de la terre, donnant l'impression à l'observateur de se trouver au centre du monde ) ; El Trayenko ( cascade où la Machi venait chercher des remèdes; c'est
dans ce même site que se réalisaient les bains pendant le nouvel an mapuche, le watripantu) ;  la LLawinkura ( pierre creusée et remplie d'eau, où se présentaient les nouveaux nés à la Terre Mère) ; et la Laguna, lieux de cérémonie, où se déroule par exemple le jeu de Palin (auquel nous allons d'ailleurs participer en cette fin de mois).
Aujourd'hui, pour accéder à ces sites, les membres de la communauté doivent demander une clé et une permission pour réaliser leurs cérémonies en ces lieux.


Nous assisterons d'ailleurs à une réunion avec les gérants de cette monstrueuse entreprise, dont le slogan est, si ironique puisse-t-il sonner, "Auraco : sembremos
futuro" ( Auraco: nous plantons le futur)... Les membres de la communauté ont réussi à obtenir une entrevue afin d'engager le dialogue sur la récupération de ces terres et tenter de trouver des compromis et des accords. Même si la conversation nous a parut relativement ouverte, le processus risque d'être long et difficile, au vue de la puissance de l'entreprise...

Et nous dans tout cela? Nous, on peut se rendre utile avec notre caméra "Pucha" : chaque famille voudrait reconstituer son historique, avec des images des lieux et des récits, pour avoir ainsi une trace et un appui de plus pour la lutte. Nous sommes donc enrolées en tant que caméraman amateurs euuh que dis-je, professionnels voyons, pour réaliser l'historique de la famille Lincopi.

Quand nous ne parcourons pas les sentiers en quête de sites sacrés, nous travaillons dur aux fourneaux : nous sommes logées chez la fille de Don Luis, Léonore et sa famille, qui tiennent une petite boulangerie-patisserie-épicerie. Nous mettons la main à la pâte (dans tous les sens du terme) et instaurons des nouveautés à la vitrine : "gâteaux français"-un moka en l'occurence!-, "biscuits français"- des cookies (humm, plûtot européennes que françaises les douceries...). Mais apparement, l'éxotisme plaît et nous jouons donc aux pâtissières. Enfin, jouer à la marchande en español, c'est pas ce qu'il y a des plus faciles, mais bon, en toute humilité, les deux extraterrestres s'en sortent pas si mal sur la fin du séjour... (bien que la rapidité dans la coupe du jambon soit encore à perfectionner!)

Nous nous étions habituées à des contacts faciles, des relations fluides s'installant rapidement, aidées par une bonne dose d'humour et de rire.... Cependant, avec la famille de Léonore, le lien fut un peu plus long à s'établir, les discussions et la confiance se sont installés plus progressivement... Mais au final, peut-être était-ce donc plus sincère, moins superficiel comme ça peut l'être parfois avec ces rencontres chaleureuses, certes, mais tellement rapides qu'elles ne peuvent être réellement profondes.
Parfois, il ne faut pas vouloir brusquer ou chercher trop vite l'amitié... Parfois, il faut peut être simplement laisser le temps que les choses se fassent d'elles mêmes, laisser le temps à l'Autre de nous connaître et de nous apprécier pour ce que l'on est vraiment...
On se sent bien dans cette "panaderia" (boulangerie), se réveillant tous les matins avec une bonne odeur de pain chaud que l'on mange à toute heure du jour et de la nuit, et partons de Llico à reculons...
Mais ça, c'est l'inévitable inconvénient du voyage : on quitte là où on est bien pour aller vers du nouveau, recommencer à chercher à s'adapter, à essayer de s'intégrer, se faire accepter, aller vers un inconnu qui sera peut-être plus difficile, moins sympathique...ou encore meilleur!

LLoncao les dunes, première semaine

Par Pedro Vasquez, nous avons pu entrer en contact avec un réseau d'organisations, associations et communautés mapuches de la 8ème région du Bío-Bío, entre Cañete et Concepcíon.
C'est par ce biais que nous atterrissons à Lloncao, zone côtière où vivent agriculteurs, pêcheurs, mapuches, vaches, lapins et puces.

C'est aussi ici que vit Luis, à plus de 15 min à pied de la première route accessible en voiture, entouré de dunes et de quelques restes de forêt native ; terre qu'ils ont récupéré après plus de 10 ans de lutte. Au cours de l'histoire, entre réforme agraire et contre-réforme agraire, certains mapuches se sont vus dépossédés de leurs terres ancestrales qu'ils tentent aujourd'hui de récuperer. C'est nottament un des thèmes que Luis et son réseau défendent.

restes de vases et poteries

Outre cette lutte pour la récupération de la terre, il mène un projet de mise en valeur de la culture dans la zone : en cela à été mis en place un atelier "culture mapuche" avec les enfants mapuches de l'école rurale de Lloncao, dans le but de les sensibiliser au riche patrimoine cultrurel que recèle le territoire où ils vivent. Haut lieu historique (bataille épique contre les conquistadors) et archéologique jamais étudié (nombreux restes de vases et de poteries mapuches), le territoire n'est pourtant pas assez mis en valeur, notamment au sein des mapuches eux-mêmes qui ne savent plus parler leur langue et méconnaissent parfois l'histoire de leurs ancêtres. C'est pour cela que Luis a mis en place cet atelier, afin de relancer l'intérêt des enfants pour leur culture, leur langue, leurs traditions et que ceux-ci puissent perdurer (tout comme du côté de chez Francisco, l'idée que le mapudugun soit une option possible dans toutes les écoles du territoire est défendue).

Nous sommes donc les bienvenues dans la participation de ce projet : nous, c'est à dire les 2 et "Pucha", notre fidèle caméra qui tente de retenir quelques images pour un futur petit film, car Luis souhaite également réaliser un petit reportage sur ces activités.

 
Nous accompagnons donc Luis à l'école et au musée, filmant ses "cours" de culture, répondant aux questions amusantes des enfants intrigués et jouons avec eux à la bataille de noisettes (pas de chance pour nos équipiers, nous, on a préféré les manger... les noisettes bien sûr, pas les équipiers!!).

   

Le week-end venu, les amis de la comunnauté de Chilkoko viennent collaborer à la construction de la ruka pédagogique, un autre projet de Luis... Comme nous l'avions déjà remarqué, les notions de récoprocité et de solidarité sont bien présentes dans la culture Mapuche ; ainsi, tout le monde met la main à la pâte. Les hommes clouent et scient, les femmes préparent la viande et les jeunes s'occupent d'aller chercher les jeunes demoiselles en détresse. (Petite explication: une amie française qui devait arriver se perdit tragiquement parmi les dunes et on ne la retrouva que 3 heures plus tard, saine et sauve).
Et le soir après avoir bien travaillé, petite séance chasse au lapin, à l'affut dans la nuit noire et silencieuse. Malheureusement, les lapins étaient de sortie en boîte de nuit (et non de conserve haha) ce soir là... déroutés de revenir bredouille, nous mangerons Roussette et Piquedupaindur, les 2 poulets pour lesquels Eloise venait d'éprouver une passion soudaine... La prochaine fois Elo, essayes de t'énamourer d'un âne ou mieux encore, d'un beau mapuche ;-) !!!

mercredi 4 mai 2011

Un autre mois bien chouette...

C'est parti, rattrapons notre retard!
"Si je n'étais pas parvenu à écrire grand chose, c'est qu'être heureux me prenait tout mon temps. D'ailleurs, nous ne sommes pas juges du temps perdu. " Nicolas Bouvier.
(Voilá, "Nico" nous comprend bien!)

Le temps, le temps, parlons-en du temps... Car c'est une notion bien complexe en voyage... (Voici donc quelques extraits de nos carnets de voyage, excusez d'avance les emportées lyriques de nos réflexions juvéniles.)

Déjà 5 mois de voyage, et pourtant il nous semble encore que nous partions hier... Les mois se suivent, lundi ou samedi n'ont plus beaucoup de significations (sauf le dimanche où tout est fermé et oú on se retrouve sans rien à manger...), ils sont juste là pour nous rappeller qu'un jour il va falloir rentrer.
Nous perdons la notion du temps... ou la gagnons, justement !? Deux jours de bus, ou un jour à ne rien faire, mais qu'importe, l'essentiel est de savourer chaque instant, et cela est vraiment possible lorsqu'on prend le temps... On déconnecte, on fige un instant ce terrible mécanisme qui rythme tant notre vie. On devrait pouvoir le faire toute sa vie, et pas seulement qu'en voyage; mais le voyage offre cette possibilité que notre vie quotidienne ne nous laisse pas le temps de saisir. Englués dans un quotidien qui peut nous détourner de nos passions, de nos folies, de nos rêves. Un quotidien qui nous harasse et nous éloigne parfois de ce à quoi nous aspirons vraiment, par toutes ces contraintes, ces impératifs, ce temps qui passe trop vite... Pauvres de nous: de petits pantins qui s'affairent dans tous les sens en oubliant l'essentiel, pour "gagner du temps", mais c'est lui qui nous prend de vitesse, parce qu'on oublie qu'au final on court tous vers notre mort... (Gloups)
Et puis au fait, pourquoi avoir tant disséqué le temps et si strictement? Mois, jours, heures, secondes....
Du temps ancestral des Mapuches le calendrier était celui des saisons, un peu comme aujourd'hui mais avec la grande différence de n'être pas fixe. Ainsi, le nouvel an se déroulait au début de l'hiver, quand la terre se repose, s'assainit pour mieux se préparer a renaître avec le printemps. Et si l'été durait 3 "mois" au lieu de 2, "l'année" comptait un "mois" de plus... Et celle d'après, 2 "semaines" de moins... (bien sûr, les concepts de mois et semaines n'existaient pas, c'est juste pour illustrer).
Au rythme de la nature... Un autre monde, un autre temps...
Aujourd'hui, nous sommes au rythme de la montre; mais lorsque 2 heures de maths sont une éternité et qu'on ne voit pas 6 mois passer, on se dit alors que jamais on ne pourra saisir le temps. Seulement des instants, de joie, de peine, d'emotion, de contemplation, de réflexion... A nous de les attraper, d'en profiter, et si ils sont beaux, de les conserver : oui, les extirper hors du temps, à jamais présents dans nos mémoires. Car dans la folle course du temps, quoi de plus beau que de s'en échapper : on rêve, on se souvient, on pense, et on oublie les aiguilles qui tournent, les jours qui passent, les années qui défilent, inéluctablement...

Cependant, à la seconde de la minute du jour d'aujourd'hui, et malgrés nos réflexions, nous ne pouvons oublier que nous avons un mois de racontage de voyage à rattraper, alors...au boulot!!
Ce fut un mois différent des autres, comme un nouveau voyage, mais qui, commes toujours, passa bien trop rapidement, intensément rempli de rencontres, de découvertes, d'instants souverains coulés au fond de nos mémoires où l'on ira les rechercher un jour... ( Euhh, Lisa t'as mis quoi dans le riz de ce midi??)

jeudi 14 avril 2011

*** Sans titre*** (Et pourquoi devoir mettre toujours un titre à tout ...??? des titres des titres .... ! A BAS LES TIIIITREEEEUUHHH !!!

Votre attention s'il vous plaît... (Et si ça vous plaît pas bâââ, ajoutez un peu de merken ça passera mieux, et sinon ben on peut rien faire de puces pour vous, ça gratte trop...)
Le TER numéro 17533 à destination de ce blog-même est annoncé avec un retard de ... 2 semaines environ, pour cause de travaux sur la voie.
La E&L team s'excuse pour ce désagrément : elles se trouvent en ce moment, perdues au fond de quelques campagnes mapuches, au summum de leur carrière de cinéastes... ou de patissières !
Ahaaa, vous comprenez rien, hein ?!
Mais c'est comme les épisodes de Doña Barbara, faut toujours s'arrêter avec un peu de suspense pour que la suite soit plus alléchante !!!
Allez, peükallal comme on dit ici, et que le vaya bien ...

lundi 4 avril 2011

Du côté des militants...

Matin frais, matin d'automne.     (Hum, l'inspiration manque toujours en début d'article...!)
Nous sommes en route pour Lican Ray, une petite ville touristique mais qui se transforme en ville fantôme hors saison. Aujourd'hui, nous avons rendez-vous avec Francisco, un contact que nous a donné Pedro Vasquez, ami de l'association Tierra del Fuego de Chambéry.

Francisco est à l'origine de " Radio Wallon", la radio mapuche de la région, et aussi un militant-leader-mapuche, à fond dans ses convictions : défense des droits de son peuple, reconnaisance et promotion de la culture... Francisco, c'est de ces gens qui te transmettent leur dynamisme et leur passion, leur énergie et leurs espoirs ; qui dégagent tant de convictions et d'optimisme qu'on en ressort avec qu'une envie : s'engager, être actif et croire que les grandes choses commencent toujours par les petits changements. Bref, Francisco, c'est un vrai !
Parmi ses nombreux projets : Radio Wallon, où on y parle mapudugun (langue mapuche), dont le but est de renforcer l'usage de cette langue qui se perd de nos jours, de créer un certain lien entre les communautés, et de pouvoir partager les idéaux, valeurs et cosmovision mapuches.
Autre initiative : la construction d'un centre de santé, qui allierait médecine traditionnelle mapuche et médecine moderne. En ce sens, un partenariat a été mis en place avec une université de Cuba : chaque année, quelques places sont accordées à des jeunes mapuches, qui peuvent ainsi se former en médecine. L'objectif est que ces jeunes reviennent ensuite exercer dans les communautés, en complément de la médecine traditionnelle (des machis).
Du côté de l'éducation, le projet serait d'ouvrir une "école Mapuche" où s'enseignerait les bases de la culture (langue, cosmovision, histoire,...) et, plus largement, l'idée serait que le mapudugun devienne une option possible dans toutes les écoles et collèges de la région. Un collège est déjà en expérimentation et des accords ont été passés avec certaines municipalités mais le manque de professeurs reste encore un obstacle à la concrétisation de ce projet, tout comme le manque de ressources, qui ralentit l'aboutissement de la plupart de ces actions...
Des idées fusent aussi autour du tourisme. En effet, les villes augmentant considérablement leur population durant l'été, les fruits et les légumes (par exemple) y sont importés pour répondre à ces besoins. Au lieu de cela, ils aimeraient profiter de cette demande pour générer des revenus en y répondant avec leur propre production agricole.
Sans oublier l'inévitable lutte pour la récupération du territoire ancestral mapuche qui se trouve toujours -en partie- entre les mains des "forestales" (grands entreprises forestières)...
Éducation, Santé, Social, Politique, Economie, Francisco ne s'arrête plus de nous énumerer des projets possibles, des espoirs pour que son peuple soit reconnu et ses droits respéctés par l' État...


Il sort son calepin aux pages toutes gribouillées de rendez-vous, de noms et de numéros de téléphone en tous sens et s'arrête à 2 pages :
" Si vous voulez, vous pouvez m'accompagner pendant ces 2 jours : j'ai une réunion du parti politique et une autre prévue avec le parlement..."
¡Ya, listo!  On embarque donc à ses côtés pour le suivre deux journées dans ses activités...



Nous assisterons à une réunion pour le futur parti politique mapuche : le Wallmapuwen et son slogan : "Kizungünetuafiyin Tain Wallmapu" (= Nous sommes acteurs sur notre territoire - à peu près, hein, on est pas encore bilingue en mapudugun !)
Initié en 2002, il manque encore à ce parti quelques signatures pour qu'il voie le jour mais les idées et concepts y sont déjà bien implantés.

D'une part, ce parti permettrait aux mapuches de s'impliquer d'avantage en politique car aujourd'hui ils sont marginalisés de celle-ci. D'autre part, l'un des objectif est de décentraliser le pouvoir : les décisions sont majoritairement prises à Santiago ou par des gens extérieurs ayant mois conscience des différentes réalités locales. Ce pati n'est pas conçu comme une fin en soi, mais plutôt comme un instrument, un moyen pour être acteur et participer aux décisions concernant leur territoire. Ce parti est dit "mapuche" mais reste largement ouvert aux "winkas" (= non-mapuches). Il s'adresse à tous les habitants de la région afin que ceux-ci puissent exprimer leur opinions et défendre leurs intérêts et leurs droits... La région est en effet aux prises de grandes firmes multinationales, de "forestales" ou de centrales hydroéléctriques...
Durant 4 heures, nous prendrons studieusement des notes, bon exercice de concentration en prévision de notre prochaine rentrée à l'université qui risque d'être difficile...!

Puis nous passerons 6 heures à écouter -sans broncher- la réunion du "Parlement mapuche".
Avant l'arrivée des conquistadors espagnols, ce parlement, géré par les lonkos et ouvert à tous (Hommes, femmes, enfants,...), faisait partie intégrante de l'organisation de la société ; afin de débatre des conflits et problèmes au sein des communautés.
Le dernier parlement fut disloqué en 1907, durant les tueries de la "pacification de l'Auraucanie".
En 2007, il revoit le jour dans la petite commune de Panguipuilli, et bien que n'étant toujours pas reconnu par l'état, il permet aux différentes personnes des communautés envirronantes, de venir parler de leurs problèmes entre communautés, et avec les municipalités...
L'exercice de concentration étant de la plus haute difficulté, nous retiendrons surout les thèmes abordés : proposition de collaboration avec un musée voulant faire une partie "culture mapuche", problèmes de ditribution d'eau dans une communauté avec l'implanation d'un "camping et cabañas", conflit de succession des champs avec un frère, partenariat avec le pays basque pour acquerir des méthodes dans la sauvegarde et le développement de la langue,....

Entre deux réunions, nous passons voir les amis : éleveurs de lombrics pour humus, ou projets de tourisme altenatif, tout le monde à la langue bien pendue, et nous, à la fin de la journée, les oreilles qui refusent de nous transmettre la traduction des propos!!!

Brefff, petite conclusion de ce long article : beaucoup de projets, optimisme, espoirs... Des jeunes aussi qui se bougent... Mais tout de même, ces personnes nous semblent être minoritaires, car beaucoup ont l'air de vivre leur situation plus passivement et sans avoir forcément conscience des injustices dont ils sont parfois victimes. (Voilà, ça c'est fait, une belle conclusion avec une petite ouverture pour ne pas perdre les bonnes vieilles habitudes!!)

dimanche 3 avril 2011

Temuco

(Avis : d'autres photos plus pertinentes viendront plus tard)

18h : Grosse ville en pleine effervescence, chaleur de plomb ...Nous sommes dans un des 6 terminals (on dit des terminaux?) de bus, un peu perdues...

"Allo Christian? Nous sommes arrivées ! 
-Ne bougez pas, je viens vous chercher, ma maison est la votre et vous allez vous sentir comme chez vous..."

C'est ainsi que nous retrouvons Christian, le jeune étudiant que nous avons rencontré a Coyhaique. Sa famille nous accueille pour quelques temps ; mapuches sans terres, ses parents ont mené une existence difficile où travailler pour nourrir et élever dignement leur 3 fils leur permettait à peine de joindre les 2 bouts. Petits vendeurs à la sauvette, ils partaient des journées entières, dormant parfois dans la rue, laissant leurs enfants seuls à la maison, pour revenir avec de quoi manger. A force de travail et de sacrifices, ils ont pu quitter leur minuscule "piaule" en taule prétée par la ville pour contruire eux-mêmes leur maison actuelle, qui fut améliorée au fil des années. Aujourd'hui, bien que très modeste, leur maison est loin de suggérer un parcours si difficile.
" La vie est dure ici", telle fut la première phrase de Narcisso, le père, 62 ans, qui continue a vendre montres, peignes et autres bricoles dans la rue afin de prendre en charge la nourriture. N'ayant bien sur pas de retraite, l'eau, l'éléctricité et le gaz sont payés par 2 de leurs fils qui vivent encore à la maison : Carlos, 36 ans, chauffeur de colectivo ( ces petits taxis collectifs si répandus ici) ; Chritian, 28 ans, combine études et travail pour financer ces dernières. 
" Ma vie n'est pas facile, on ne vit de pas grand chose mais on arrive encore à partager, à recevoir des gens ; et c'est cela qui me rend heureuse aujourd'hui. "
Nous aurons passé beaucoup de temps à parler avec Magdallena, la maman, vive, rigolotte est tellement interéssée malgrès son cancer de la peau et ses nombreux problèmes de santé qui l'empêchent de sortir de chez elle. Elevée dans sa communauté, dans sa famille exploitée par un "gringos" ( nom donné aux colons), elle a passé toute son enfance et toute sa jeunesse à travailler dans les champs. Sachant à peine lire, elle n'a jamais pu faire d'études et s'est mariée très tôt, quittant sa communauté avec qui elle entretenait des relations difficiles. Ayant adopté un mode de vie similaire à leurs propriétaires Gringos, sa famille était déjà mal vue par le reste de la communauté. Leurs cochons étaient parqués et nourris, leurs champs bien entretenus et cultivés de manière productive;  les autres familles de la communauté, quant à elles, laissaient leurs bêtes en liberté, n'avaient pas de chanps bien organisés, ne travaillant que le necéssaire pour pouvoir vivre. En cela, Magdallena les trouvait paresseux, voire irresponsables...
A la base de la culture mapuche, c'est la Terre mère qui fournit à l'Homme tout ce dont il a besoin. Les notions de rentabilité, de profit et de productivité n'existent pas et ce n'est qu'après l'arrivée de conquistadors españols que l'argent commence a régulariser les échanges. Le travail, s'il n'est pas nécessaire, n'a pas lieu d'être...c'est pour cette raison que les mapuches seraient considérés comme fainéants...?
Cette "paresse" ne ferait-elle pas simplement partie de leur culture, n'ayant pas la necessité de produire plus que leurs besoins pour être heureux? 
Cependant, Magdallena se rapelle des enfants de sa communauté qui allaient manger des oeufs d'oiseux crus et des échallotes sauvages pour combler leur faim; des champs à l'abandon où ne poussaient que des ronces; de leurs cochons affamés qui venaient dérober la nourriture des leurs...Mais tout cela encore, culturel, ou, comme elle le pense," manque de civilité"??
Elle garde aussi un goût amer d'un manque de solidarité, voire d'un égoisme de la part des membres de sa communauté, qui preferaient troquer leurs terres à des Gringos plûtot que de les donner à leurs semblables.
Mais ce tableau négatif qu'elle nous dépeint des Mapuches est réservé à ses ancetres, puisqu'elle nous dit qu'aujourd'hui les mapuches ont changés, se sont organisés et civilisés. Est-ce là une marque de perte de leur culture et de progressive assimilation ? 

Tout en nous parlant de son enfance, elle nous sert du maté dans un pamplemousse ( exquis!!!) que nous essayerons ensuite de préparer nous mêmes avec une maladresse qui fera bien rire tout le monde. Et quand elle ne fait pas mijoter de délicieuses petites soupes, elle suit avec amusement les séries passionnantes et déchirantes qui passent à la télé en fin d'après-midi.
De vraies imbécilités : on rit bêtement, on est absorbées et on regarde ça avec un interet quelque peu ironique. On souffre avec Ruben qui pleure , et ces animateurs atroces qui lui demandent pourquoi il décide de quitter le jeu, et cette petite musique de fond gnan-gnan au possible qui donne envie de pleurer à tout le monde alors que c'est juste que Ruben quitte le jeu, quoi...Et cette Barbarita, cette peste de Doña Barbara qui est amoureuse du beau docteur Santos alors qu'elle lui vole des terres et qu'elle tue tout le monde... Et Oscar, le ténébreux amant de .....on ne sait plus qui...qui s'est fait kidnapper par les hommes de la méchante qui veut empecher son mariage a tout prix...Enfin, vous voyez bien le genre, quoi. Ils adorent tous, ici....
( Preuve de notre progression en español : on commence a comprendre les séries!! )

Au passage, Christian nous fera connaitre sa bande d'amis, tous supers ouverts et interéssés, certains engagés et militants de la lutte sociale avec lesquels nous assisterons à la reunion de leur association étudiante (qui eut d'ailleurs plus des allures de fete que de reunion studieuse!).

L'ambiance de l'université nous manquant cruellement, il se sent obligé de nous emmener avec lui à la fac. Essayant de nous dissimuler parmi les groupes de première année, nous voilà avec la meme boule au ventre que si nous faisions notre rentrée : c'est graaand, on est perduuues, y'a pleins de gennnns... "Oui, oui, on est là en échange scolaire, hé hé !!"


Devenues accros à "Doña Barbara", nous établissons notre camp de base chez Christian, pouvant ainsi nous délester de quelques affaires entre nos différentes escapades !